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Ut omnes unum sint

Le semblant d’ « unité nationale » qui fait suite aux événements tragiques qu’a connus notre pays la semaine dernière et à leur gestion correcte par le pouvoir ne fera pas illusion longtemps : l’impéritie manifeste qui est en général celle du personnel politique qui gouverne la France depuis plusieurs décennies maintenant, atteint manifestement avec le gouvernement actuel un paroxysme qui fait ressembler la situation politique de notre pays à une sorte de dangereuse vacance du pouvoir. D’innombrables problèmes se posent à notre pays qui ne sont pas même évoqués, de multiples réformes devraient être faites sans plus tarder, qui n’apparaissent pas à l’ordre du jour, et notre pays contribue à subir une situation que le politique semble se complaire à maintenir, à moins que sidéré, il n’ait perdu toute intelligence autre que tactique, en vue des sacrosaints sondages et des élections, lesquelles confèrent un pouvoir qui semble chaque jour plus absurde à force de n’être pas exercé, ou si peu, et si mal. Divers partis en profitent pour imposer leurs intérêts, et la division de la société qui ne cesse de croître porte en elle une violence croissante, dont les événements récents ont été la confirmation

Alors que la nécessité d’une réaction vigoureuse est donc évidente, notre pays peine toutefois à sortir de la torpeur dans laquelle l’ont plongé plusieurs décennies d’idéologie matérialiste forcenée. Si le mouvement suscité par l’élection de François Hollande en 2012, et les iniquités que son gouvernement a perpétrées jusqu’ici en guise de politique, est assurément un motif d’espérance, si d’innombrables initiatives ont vu le jour de la part notamment des catholiques, il reste que cet ensemble demeure sans unité, que ses finalités restent vagues car trop particulières et trop segmentées, et qu’en un mot il n’y a pas à ce jour de projet politique crédible capable de mobiliser les énergies de manière ordonnée et durable pour opérer les changements nécessaires. Or, ainsi que l’écrivait tout récemment Anne Coffinier, il n’est plus temps de faire des barouds d’honneur isolés et sans lendemain, mais il faut organiser les forces en une armée disciplinée, afin de porter le fer jusque dans les rangs adverses[1]. Autrement dit, cesser d’être dans la seule réaction ponctuelle pour reprendre décidément l’avantage en organisant une véritable stratégie collective capable de porter un tel projet politique. Un certain nombre de signes attestent qu’un revirement est en cours, et que la domination culturelle de la génération de Mai 68 entame son déclin. Mais il faut encore amplifier le phénomène, le généraliser et le structurer.

L’ambition de l’Institut Ethique et Politique Montalembert est d’aider autant qu’il lui est possible à accomplir cette tâche. Depuis sa création en 2012, en effet, l’Institut s’est donné une double finalité.

D’une part, faire se rencontrer, à travers le Cercle Montalembert, les divers acteurs de terrain, hommes politiques de bonne volonté comme personnalités de la société civile, afin d’unir le plus possible les énergies à l’œuvre dans ce travail de renouveau.

D’autre part, apporter sa contribution à l’analyse du temps présent et à la réflexion sur les actions qu’il convient de mener. Telle est notre ambition à tous deux, Guilhem Golfin et Frédéric Lozère, en reprenant la responsabilité du Comité scientifique de l’Institut, à la suite de Cyril Brun, dont nous saluons ici bien vivement le dévouement et le travail, sans lesquels rien ne serait possible aujourd’hui, et en lien bien entendu avec les divers contributeurs de l’Institut. Nous essayerons de nous montrer à la hauteur de la confiance qui nous a été faite.

Les instruments d’un tel travail sont en premier lieu le site d’analyse politique de l’IEPM, que nous avons l’intention de réactualiser et de développer, et de prolonger de manière régulière par des publications, lettre d’information en ligne pour commencer, brochures et plaquettes à l’avenir. Outre des articles ponctuels de réflexion, notre volonté est de publier des synthèses plus approfondies, sous la forme de dossiers présentant une analyse d’un problème et un ensemble de préconisations ou de voies de solution. Des colloques, que nous essayerons d’organiser de manière régulière, devraient compléter cet ensemble, ainsi que, nous l’espérons, une offre de formation en politique. Notre but est d’élaborer progressivement un vrai corps de doctrine politique pour notre temps, et de le faire partager le plus possible. D’autres que nous s’y essayent, et nous ne pouvons que rendre hommage à leurs efforts. Mais, soit que les propositions demeurent partielles, soit que les analyses n’aillent pas à notre sens jusqu’au fond des problèmes, il ne nous semble pas qu’un effort supplémentaire soit vain. Nous ne cherchons pas à diviser ou à supplanter, mais à convaincre et à unir, bien certains que seule l’union des volontés et des intelligences droites permettra à terme d’influer efficacement sur l’ordre des choses.

La conviction qui nous anime est que notre époque pâtit d’un profond désordre intellectuel et moral, que la confusion s’est emparée des esprits et des cœurs à un degré encore inconnu jusqu’ici, et que par suite tant les nécessités inhérentes à la nature humaine et à la vie politique que les justes traditions de notre pays sont ignorées et bafouées. Retrouver une conception droite de ces nécessités et renouer avec les vertus qui ont fait la grandeur de la France est donc un impératif premier. Et seul permet selon nous de le faire le recours aux sources intellectuelles et spirituelles de notre civilisation, la grande philosophie grecque et la doctrine chrétienne qui l’a assumée et l’a magnifiée en l’insérant dans sa perspective propre.

Pour y parvenir, il convient donc de mettre en œuvre les principes de la sagesse chrétienne dans ses divers aspects, et dans ses dimensions tant théorique que pratique et donc prudentielle, afin de parvenir à une vision claire des problèmes qui se posent ainsi que des éléments de solution qui sont à notre portée, sans faire preuve de pusillanimité intellectuelle, mais en développant une réflexion critique et argumentée.

Sur un plan théorique, seule la vérité compte. Sur un plan pratique, ce qu’il faut rechercher avant tout, c’est l’unité des esprits, car elle seule est garante de succès. Et cette unité requiert principalement deux choses : un accord dans le jugement que l’on porte sur la situation actuelle, et une concertation sur la finalité recherchée. Sans nous cacher la difficulté de la chose, tant et notre pays en général, et le monde catholique en particulier, sont divisés, notre désir est d’y contribuer, aussi modestement que ce soit, en éclairant les intelligences et en associant à cette œuvre tous ceux qui en ressentent l’ardente nécessité.

Nous ne pouvons qu’inviter, pour finir, les bonnes volontés à nous rejoindre. Bienvenue à chacun et chacune !

 

 

Guilhem Golfin & Frédéric Lozère,

directeur et directeur adjoint

                                                                                                                                                                                                   du

Comité Scientifique de l’IEPM

 

 



[1] L’Homme Nouveau n° 1581, 3 janvier 2015.

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