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Lettre écologique n° 15 : « Une démarche de dialogue prophétique »

Engager le débat sans refuser le conflit est une démarche courageuse et de grande valeur. Nous reprenons ici des extraits de la préface de l’ouvrage [1] présenté dans le dossier central de la lettre écologique n°15.


par le père Nicolas Buttet, fondateur de la Fraternité Eucharistein


Fabien Revol et Stanislas de Larminat échangent entre eux […]. Une telle démarche apparaît comme prophétique dans l’Église catholique de notre temps. Il est si difficile en effet d’oser le dialogue, d’affronter avec maturité humaine et liberté intérieure les divergences de vue ou d’opinion dans l’Église.

La longue tradition de la disputatio

L’Église a pourtant une longue tradition de la disputatio, comme méthode de recherche et d’enseignement. […] Si parfois cette disputatio apparaissait – dans sa dimension dialectique – comme « l’escrime de l’esprit », elle était avant tout une méthode intellectuelle de recherche permettant l’examen critique de thèses en présence. Elle avait, pour finalité, la vérité. Ce n’est pas autre chose qu’écrivait le philosophe chinois Mozi au Ve siècle avant notre ère : « Le but de la discussion doit être de distinguer le oui et le non, le vrai et le faux, en vue de produire l’ordre et d’éviter le désordre… Son but est de mettre en évidence la vérité objective. » [2]

Aujourd’hui, force est de constater un certain manque de courage dans l’Église, face à la nécessité d’une authentique approche dialogale sur des sujets souvent sensibles et parfois même passionnels. L’écologie en fait partie. On préfère le confort des principes doctrinaux, la sécurité de formes antiques, l’esquive d’une spiritualité désincarnée ou la condescendance à l’esprit du temps plutôt que l’audace d’affronter les grandes questions sociétales dans un authentique échange où « la résistance des autres reste la condition de son propre progrès » [3].

La triple tentation de l’uniformité

Michel de Certeau a raison lorsqu’il écrit : « Qui fuit le face à face n’éviterait pas la peur inséparable de tout affrontement, mais renoncerait à être, affirmant dans le vide un droit qu’il serait incapable de faire reconnaître. Il faut donc renoncer à la molle conviction “qu’on peut toujours s’entendre” et abandonner les détours sentimentaux grâce auxquels on espérait cacher sous des phrases et des précautions, la réalité des autres. » [4]

Et d’ajouter : « Les différences brisent l’uniformité que le conformisme du faible, l’égoïsme du fort, l’idéologie de l’utopiste voudraient imposer ou mimer. » [5] Une manière d’éviter une triple tentation : assimiler autrui à soi ; entrer dans la violence subjective de l’agressivité ; tomber dans le pieux mensonge chrétien de faire “comme si” il n’y avait pas de divergence.
Caresser le conflit avec tendresse

Le pape François, disciple de son confrère Michel de Certeau sur cette question, précise : « Face à un conflit, certains regardent simplement celui-ci et passent devant comme si de rien n’était, ils s’en lavent les mains pour pouvoir continuer leur vie. D’autres entrent dans le conflit de telle manière qu’ils en restent prisonniers, perdent l’horizon, projettent sur les institutions leurs propres confusions et insatisfactions, de sorte que l’unité devient impossible. Mais il y a une troisième voie, la mieux adaptée, de se situer face à un conflit. C’est d’accepter de supporter le conflit, de le résoudre et de le transformer en un maillon d’un nouveau processus. » [6]
Il faut caresser le conflit avec une « ternura de eucaristía », une « tendresse eucharistique » disait encore le pape François. « La tendresse eucharistique ne cache pas le conflit, mais aide à l’affronter en hommes. » [7] […]

La quête de la vérité ne relève pas du consensus

Fabien Revol et Stanislas de Larminat n’ont pas cherché à construire entre eux un « consensus », convaincus qu’ils sont que la quête de la vérité ne relève pas du consensus. Acceptant toutefois un consensus dissensuel ou dissention consensuelle (« They agree that they disagree » comme on dit en langage diplomatique !), ils ouvrent une plage de discussion et d’échange pour quiconque désire entrer à leur suite dans une démarche réflexive qui leur sera propre.

En attendant, les deux auteurs ont vécu une vraie expérience de rencontre de l’autre, dans l’amour et la vérité, une expérience d’écologie intégrale, si j’ose dire.


  1. Fabien Revol, Stanislas de Larminat, L’écologie, nouveau jardin de l’Église – Dialogue et controverse pour que justice et paix s’embrassent, Peuple libre, 2020.
  2. Mozi, Œuvres choisies, Desclée de Brouwer, 2008.
  3. Michel de Certeau, L’étranger ou l’union dans la différence, Seuil, 2005, p. 21.
  4. Ibid., p. 24.
  5. Ibid., p. 28.
  6. François, Evangelii gaudium, § 227.
  7. Antonio Spadaro, « Réveillez le monde ! » – Entretien du pape François avec les supérieurs généraux, 2013.

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