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« Tu ne tueras pas »

En votant ce mercredi 18 mars 2015 la loi « Claeys / Leonetti », la caste au pouvoir en France a fait franchir un nouveau seuil à notre pays dans sa longue déchéance politique et morale. Sous un vernis humanitaro-sentimental en effet, et qui plus est de manière hypocrite, le vote en faveur d’ »un traitement à visée sédative et antalgique provoquant une altération profonde et continue de la vigilance jusqu’au décès associé » 1] avalise dans son principe la pratique de l’euthanasie, et donc enfreint le sixième commandement.

Depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir et les premières lois dites “sociétales“ que ses gouvernements ont porté, il est devenu courant de parler de “changement de civilisation“. Défendu par les soutiens au pouvoir actuel, vigoureusement dénoncé par ce qui reste de chrétiens lucides sur les implications culturelles et politiques de leur foi, le thème s’est imposé. Mais à vrai dire, l’expression est controuvée. Une civilisation quelle qu’elle soit suppose la reconnaissance et la défense de mœurs qui respectent la vie naturelle des hommes. L’interdit du meurtre, et ce quelles que soient les circonstances, en fait partie. En effet, cet interdit ne concerne pas que l’innocent, comme on le voit parfois écrit à tort : car il inclut l’interdiction de la vengeance, et donc l’obligation de punir le coupable selon des règles juridiques qui mettent en jeu la responsabilité de la société comme telle. A plus forte raison s’applique-t-il à l’innocent. Il en va ainsi, car l’infraction d’une telle règle ouvre la porte au règne sans retenue des passions et de leur cortège de violence, et donc au règne de l’infra humain dans la société. Ignorer l’interdit du meurtre, c’est renier la raison qui nous fait homme, et nous ravaler non pas au rang de la bête, mais à un rang pire, ainsi que le faisait déjà remarquer Aristote disant que l’homme qui a rompu avec la loi et la justice est le pire des animaux (Politiques, I,2). C’est pourquoi cela va à l’encontre de la loi divine, dont la loi naturelle n’est que la réfraction dans l’intelligence humaine. Et c’est pourquoi une société qui légalise le meurtre du tout jeune enfant dans le ventre de sa mère, comme celui du vieillard ou du malade incurable de tout âge, n’est pas une société qui propose un “modèle civilisationnel alternatif“, c’est une société qui sombre dans la barbarie pure et simple.

Seule une raison malade de son relativisme peut être aveugle à une telle évolution. Que seule une vingtaine de députés se soit opposée à ce premier vote, que même la plupart des instances ecclésiales de notre pays l’ait accompagné d’un silence total en dit long sur le degré d’avilissement de notre peuple, et sur la profonde ignorance qui règne au sujet des lois et de leur signification. Même le rappel opportun de l’étrange ressemblance entre les lois euthanasiques votées en Belgique et aux Pays-Bas et les lois de l’Allemagne nazie sur le même sujet n’ont pas fait davantage protester. Le système totalitaire en marche veille, et ses gardiens sont féroces, malgré les apparences.

Mais les civilisations ont la vie dure : gageons que la nôtre saura rejaillir et surmonter les errements que lui font subir ses fils dévoyés. Le déchaînement du dragon sonne l’heure du rassemblement pour les anges. Le combat ne fait que commencer.

 

Guilhem Golfin

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