Accueil » Textes fondateurs

Textes fondateurs

Montalembert

 

Charles, comte de Montalembert, né en 1810 à Londres, décède à 60 ans à Paris. Journaliste, historien et homme politique français, il est nommé Pair de France à l’âge de 21 ans. Il sera parlementaire des assemblées constituante et législative de la Deuxième République après la révolution de 1848 puis membre du Corps législatif du Second Empire. Il fut l’un des principaux théoriciens en France du catholicisme libéral, défendit la liberté de la presse et d’association et fut aussi l’un des auteurs de la loi de 1850 sur la liberté de l’enseignement (loi Falloux).

Nous vous proposons ici quelques extrais de sa pensée, qui aujourd’hui, gouvernent notre action en tant que laboratoire d’idée de conviction chrétienne.

L’avenir de la société et les drames du XX siècle

« L’avenir de la société moderne dépend d’un problème : corriger la démocratie par la liberté. Les affinités naturelles de la démocratie, d’un côté, avec le despotisme, de l’autre, avec l’esprit révolutionnaire, sont la grande leçon de l’histoire et la grande menace de l’avenir. Sans cesse ballottée entre ces deux abîmes, la démocratie moderne cherche péniblement son assiette et son équilibre moral. Elle n’y arrivera qu’avec le concours de la religion. (Quand Montalembert parle ici de religion, il s’agit naturellement de la religion chrétienne).»

Il est difficile de refaire l’histoire mais cette correction de la démocratie a manqué cruellement à notre pauvre Europe. Si les chrétiens avaient pu prévenir le problème et s’étaient engagés résolument dans cette correction de la démocratie peut-être aurions-nous pu éviter le drame terrible du 20ème siècle européen provoqué par les deux dérives de la démocratie que pointait Montalembert : le despotisme et l’esprit révolutionnaire. Le nazisme et le communisme se sont voulus de véritables démocraties issues de la volonté du peuple mais où les libertés civiles et publiques étaient interdites et où la religion chrétienne sous ces différentes formes a été durement combattue. Corriger la démocratie par la liberté reste d’actualité : La République Française comme l’ensemble des démocratie européennes, connait une dérive idéologique du pouvoir, certaine libertés publiques peuvent être remises en question au nom de la majorité populaire. Il est donc necessaire de veiller au respect de toutes les libertés fondamentales.

Le dernier mot reste à la « conscience humaine éclairée »

« J’éprouve une invincible horreur pour tous les supplices et toutes les violences faites à l’humanité, sous prétexte de servir ou de défendre la religion. Les bûchers, allumés par une main catholique, me font autant d’horreur que les échafauds où les protestants ont immolé tant de martyrs. Le bâillon enfoncé dans la bouche de quiconque parle avec un cœur pur pour prêcher sa foi, je le sens entre mes propres lèvres, et j’en frémis de douleurs…Je ne veux pas que le bienheureux privilège, que la sainte joie de pouvoir admirer, invoquer des martyrs catholiques, soit jamais troublé ou ternie par la nécessité d’approuver ou d’excuser d’autres supplices et d’autres crimes, si enfouis qu’ils soient dans la nuit sanglante du passé. L’inquisiteur espagnol disant à l’hérétique : la vérité ou la mort, m’est aussi odieux que le terroriste révolutionnaire français disant à mon grand-père : la liberté, la fraternité ou la mort. La conscience humaine a le droit d’exiger qu’on ne lui pose plus ces hideuses alternatives. »

En 1965,en partie grâce aux réflexion de Charles de Montalembert, l’Eglise Catholique affirmera solennellement la liberté de conscience et la nécessaire liberté religieuse dans sa déclaration ‘Dignitatis Humanae’ reconnaissant « que ce droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l’on fait connaître la parole de Dieu et la raison elle-même ».

La promotion de la « responsabilité des laïcs »

Avec Montalembert et d’autres, durant tout le 19ème siècle, apparaissent de nouveaux acteurs dans l’Eglise catholique : des laïcs, bien insérés dans leur vie de laïcs, avec leurs occupations professionnelles, leur vie de famille, leurs engagements politiques, mais qui, en plus, mettent leur talent, leur cœur et leur intelligence pour défendre le christianisme promouvoir sa vision de l’homme, et lui ouvrir des chemins nouveaux au milieu des changements du siècle. Forcément la position du laïc, à cause même de son insertion dans les réalités du monde, avec les compromissions complexes que cette insertion entraîne, par exemple pour Montalembert, sa grande connaissance de l’Europe du 19ème siècle, sa réflexion sur les institutions politiques et ses combats politiques, lui donne une approche pertinente sur les besoins et le rôle de l’Eglise moderne.

Des erreurs dues au « centralisme excessif ».

Montalembert n’aimait pas l’excès de centralisme dans l’organisation politique, source de toutes sortes de despotisme. Le centralisme crée forcément un corps de fonctionnaires chargés de le promouvoir et de l’organiser. Ce corps de fonctionnaires risque alors, derrière un discours de bien commun, d’agir en protection de son pouvoir et ses propres visions de la réalité érigées en certitudes. C’est ce danger du centralisme, que pressentait Montalembert, qui l’a placé dans le camp des opposants à l’autorité.

La réflexion de Montalembert a été officiellement reconnus conformes à la doctrine sociale chrétienne. Il est vrai que la vision défendue par Montalembert à son époque s’est ensuite répandue dans toute l’Europe.

Voilà donc l’héritage de Charles de Montalembert que nous assumons à l’IEPM.

Laissons le dernier mot à Charles de Montalembert qui donne dans ces quelques lignes une bonne marche à suivre pour les chrétiens, dans leur rapport au monde, en toute époque, et en tout lieu :

« Il faut donc ici comme partout savoir comprendre la nouveauté des temps ; non la saluer d’un sot et servile enthousiasme, mais la comprendre, l’accepter ou au moins s’y résigner de bonne foi, en tout ce qui n’est pas contraire à la conscience du chrétien… Concilier les traditions de l’Eglise avec les aspirations de la société moderne, en cherchant et pour l’une et pour l’autre une fécondité nouvelle dans la liberté, c’est une tâche admirable. »