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Certains observateurs le remarquent avec gravité : les pratiques extrêmes de la biomédecine provoquent un changement des représentations de l'homme et de la vie. Ainsi sont progressivement abolis des repères difficilement acquis par des siècles de civilisation, notamment dans le domaine des droits de l'homme.

Le statut de l’embryon : enjeux et perspectives (3/3)

Il faut bien le reconnaître, nous nous trouvons dans une impasse idéologique quant à la nature et au statut de l’ « être prénatal » qu’est l’embryon – voire le fœtus – et ce quelles que soient les modalités de sa procréation. Pour certains, « amas cellulaire » dépourvu de toute valeur propre, autre qu’utilitariste, avant son éventuel transfert. Pour d’autres, « personne humaine» dès la conception, dont la protection et le respect s’imposent en toutes circonstances, véritable « patient », vis-à-vis de qui s’édifie déjà une forme très spécifique de médecine.

3.- Nos propositions

Le texte de loi de 2011, qui interdit les expérimentations sur l’embryon tout en acceptant un régime dérogatoire lorsque le CCNE l’autorise, rappelle cet interdit fondamental de l’utilisation d’un être humain (reconnu ou en puissance) comme un matériel. Bien qu’ouvrant une brèche dans un principe qui devrait rester intangible, il mérite donc d’être défendu et nous considérons que seul un texte issu de nouveaux États généraux de la Bioéthique aurait une quelconque légitimité pour l’abroger. Il s’agit aussi de préserver une bonne pratique démocratique.

Certains observateurs le remarquent avec gravité : les pratiques extrêmes de la biomédecine provoquent un changement des représentations de l’homme et de la vie. Ainsi sont progressivement abolis des repères difficilement acquis par des siècles de civilisation, notamment dans le domaine des droits de l’homme. Dans un contexte à ce point incertain et dépendant de considérations et d’enjeux internationaux indifférents aux quelques règles de bioéthique auxquels nous semblons encore témoigner quelque attachement, il y a urgence à élaborer publiquement, par la médiation d’une approche pluraliste, argumentée, cohérente et transparente, les principes politiques nécessaires à la détermination de décisions fondées et respectées. C’est ce qu’avaient démontrés, les États généraux de 2009 en élaborant une bioéthique respectueuse des principes du vivre-ensemble.
De nouveaux états généraux seraient utiles. Ils pourraient réfléchir à la mise en œuvre d’idées nouvelles :

  • Développer la notion de « démocratie sanitaire » dans l’environnement biomédical en imposant un devoir de vigilance et une capacité d’intervention dans le champ de l’éthique appliquée à l’innovation scientifique.

Pour cela il faudra se doter des dispositifs nécessaires en termes de gouvernance, de concertation, de procédures dans l’évaluation et l’arbitrage des choix. (Il faut pouvoir assumer pleinement les responsabilités qui s’imposent à la recherche dans un contexte d’extrême complexité).

  • Impliquer davantage les organismes en responsabilité de la recherche scientifique académique, qu’elle soit publique ou privée.
  • Concilier l’éthique pratique, celle de l’ordinaire et de l’expérience immédiate avec une certaine conception de l’éthique théorique. Cette dernière est souvent le fruit de considérations savantes, parfois empreinte d’esprit de compétitions et de performances. Incarnée par des spécialistes et des institutions, elle campe parfois sur des positions dogmatiques hostiles à la moindre contestation.
  • Énoncer un cadre de valeurs communes dans la détermination concertée et transparente des missions confiées aux chercheurs et aux médecins intervenant dans le champ de la biomédecine.

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