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Les axes de la recherche biomédicale relèvent parfois d’impératifs opportunistes ; elle vise alors une rentabilité peu soucieuse de l'intérêt général soumise à la convoitise incontrôlable des marchés financiers.

Le statut de l’embryon : enjeux et perspectives (2/3)

Il faut bien le reconnaître, nous nous trouvons dans une impasse idéologique quant à la nature et au statut de l’ « être prénatal » qu’est l’embryon – voire le fœtus – et ce quelles que soient les modalités de sa procréation. Pour certains, « amas cellulaire » dépourvu de toute valeur propre, autre qu’utilitariste, avant son éventuel transfert. Pour d’autres, « personne humaine» dès la conception, dont la protection et le respect s’imposent en toutes circonstances, véritable « patient », vis-à-vis de qui s’édifie déjà une forme très spécifique de médecine.

2.- Notre analyse : Un grand danger pour la démocratie

Les axes de la recherche biomédicale relèvent parfois d’impératifs opportunistes ; elle vise alors une rentabilité peu soucieuse de l’intérêt général soumise à la convoitise incontrôlable des marchés financiers. Nos controverses bioéthiques apparaissent totalement décalées par rapport à l’attente de nos concitoyens les plus vulnérables qui sont préoccupés par l’accès à des traitements vitaux disponibles. En effet, avec le prix Nobel de médecine 2012 qui a été remis au japonais Shinya Yamanaka, nous pouvons reprogrammer des cellules adultes en cellules totipotentes, démontrant ainsi l’inutilité de poursuivre les recherches menées sur des cellules souches embryonnaire.

On le sait, l’autorité des recommandations est bien limitée en matière de bioéthique, là où prévalent bien souvent les idéologies, les modes scientifiques du moment, des intérêts institutionnels voire d’équipes en particulier, ainsi que les pressions économiques de toute nature. La responsabilisation des acteurs doit donc être encouragée autrement que par des avis sentencieux ou des résolutions de complaisance sans la moindre portée. L’exercice de la responsabilité dans le domaine bioéthique tient donc à la qualité d’un débat ouvert et soucieux de l’être humain plutôt qu’à des prises de position précipitées, visant à satisfaire des intérêts corporatistes.

Une même attention doit être témoignée à toutes les questions de bioéthiques. Il est important de rendre cohérente la médecine moderne en réconciliant la recherche et la pratique biomédicales. Les mutations biomédicales contribuent trop souvent à éloigner le médecin de sa mission première qui est au quotidien, l’acte de soin. Faute d’une culture partagée de la réflexion bioéthique, les positions extrêmes risquent d’accentuer les clivages au sein de la société. L’exigence de faire prévaloir les principes de la démocratie, dans un environnement biomédical et scientifique où s’accentuent les vulnérabilités et s’effritent nos solidarités, peut-être à juste titre considérée comme une urgence politique.

Considérer avec légèreté ou même dédain les arrêts rendus le 6 février 2008 par la Cour de cassation serait une erreur d’appréciation. Ils ne sont pas sans portée et traduisent plus qu’une simple compassion portée à des individus attachés à des valeurs d’arrière-garde. L’exigence de parents refusant les « subtilités scientifiques » accordant dignité à un fœtus à partir de 22 semaines d’aménorrhée ou d’un poids de 500 grammes, et la refusant en deçà (il s’agit alors d’un «déchet opératoire»), est significative d’une nouvelle résistance éthique face aux mentalités matérialistes. La dignité humaine ne se quantifie pas. Les magistrats de la Cour de cassation n’ont pas provoqué un séisme dans leur interprétation de la loi. Ils se sont contentés de rappeler l’article 79-1, alinéa 2 du Code civil pour en conclure que rien ne s’oppose à ce qu’un enfant mort-né puisse être nommé et inscrit sur le livret de famille, et ainsi se voir reconnaître une existence humaine.

Que parmi nous des parents éprouvés par la mort avant naissance d’un enfant attendu refusent d’abandonner son corps au scalpel du chercheur ou à l’incinérateur révèle des liens anthropologiques puissants : nous ne pouvons que les partager. Qu’ils souhaitent associer cette existence fugace, énigmatique, à l’histoire de leur famille nous donne à réfléchir sur le sens de la vie. Une telle position socialement incompréhensible donc « invivable » est souvent délicate à assumer. Elle procède d’une conception élevée de la dignité humaine et du respect inhérent à toute existence humaine.

Les professionnels de santé intervenant dans les services de gynécologie obstétrique ou de réanimation néonatale sont témoins de relations d’une nature exceptionnelle dont l’intensité est accentuée par la précarité des circonstances, la vulnérabilité des uns et des autres personnellement exposés à la mort d’un être qui n’aura jamais vraiment vécu parmi nous. Ils justifient même une approche en termes de soins palliatifs à l’intention du fœtus et de la mère qui porte cet enfant en fin de vie. Le fœtus est souvent habillé avec des vêtements de poupée afin d’être présenté aux siens, embrassé et photographié avant la séparation. C’est dire l’importance des symboles et des rites, la signification des mots et des attitudes, la valeur de nos solidarités. À leur manière, les arrêts rendus par la Cour de cassation en témoignent et ont des conséquences éthiques évidentes.

Les expressions presque caricaturales d’une idéologie scientiste indifférente aux conséquences humaines et sociales des mutations qu’elle tente d’imposer suscitent plus qu’on ne le pense un sentiment d’insécurité, de violence et de vulnérabilité. De tels bouleversements menacent les valeurs et les repères indispensables à une existence sociale cohérente et apaisée. Il est urgent que les discussions relevant de la bioéthique soient à la hauteur de leurs enjeux, et ne se réduisent pas à une fascination pour les aspects les plus spectaculaires et «prometteurs» des pratiques biomédicales.

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