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Le débat bioéthique ne mérite-t-il pas mieux que des engagements solennels ? Et ne pourrait-il être étoffé, montrant ainsi la maturité d’une décision prise dans un sens ou l’autre? Dans ce domaine également, la responsabilité politique est engagée, et le principe de précaution trouve sa pleine valeur…

Le statut de l’embryon : enjeux et perspectives (1/3)

Il faut bien le reconnaître, nous nous trouvons dans une impasse idéologique quant à la nature et au statut de l’ « être prénatal » qu’est l’embryon – voire le fœtus – et ce quelles que soient les modalités de sa procréation. Pour certains, « amas cellulaire » dépourvu de toute valeur propre, autre qu’utilitariste, avant son éventuel transfert. Pour d’autres, « personne humaine» dès la conception, dont la protection et le respect s’imposent en toutes circonstances, véritable « patient », vis-à-vis de qui s’édifie déjà une forme très spécifique de médecine.

1.- Notre Constat : Une grande incertitude

Au cours d’une visite au Genopole® d’Evry le 22 février 2012, François Hollande a indiqué qu’il proposerait au parlement de « modifier la loi de bioéthique de 2011 pour autoriser la recherche sur les cellules souches embryonnaires. (…) Ainsi nous rattraperons notre retard sur d’autres pays et nous favoriserons le retour des post-doctorants partis à l’étranger ».
Avant tout commentaire, précisons que la recherche sur les cellules souches embryonnaires est déjà possible à titre dérogatoire dans la loi du 7 juillet 2011 (trente-sept projets de recherches ont été autorisés par l’Agence de la biomédecine).

Or le débat bioéthique ne mérite-t-il pas mieux que des engagements solennels ? Et ne pourrait-il être étoffé, montrant ainsi la maturité d’une décision prise dans un sens ou l’autre? Dans ce domaine également, la responsabilité politique est engagée, et le principe de précaution trouve sa pleine valeur… Comment concilier les valeurs de notre démocratie, les droits de la personne, les intérêts vitaux de la société, avec les exigences d’une recherche biomédicale soumise à la pression de la productivité scientifique motivée par des retombées tant économiques, qu’intellectuelles et en terme de publications, sources de classements internationaux ?

Face à cette levée possible d’interdits, des communautés scientifiques et des états apportent une réflexion. Ratifiée solennellement le 13 décembre 2011, la convention d’Oviedo pour la protection des droits de l’homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine, a réaffirmé la nécessité de prendre en compte les graves inquiétudes induites par « des actes qui pourraient mettre en danger la dignité humaine par un usage impropre de la biologie et de la médecine ». La « dignité humaine », la « primauté de l’être humain » constituent les repères fondamentaux auxquels devraient être ramenées des décisions aux conséquences déterminantes : « L’intérêt et le bien de l’être humain doivent prévaloir sur le seul intérêt de la société ou de la science ». Les nouveaux domaines d’application de la biomédecine, les possibilités offertes par des logiques et des techniques capables de régénérer des organes à partir de cellules souches (pluripotentes adultes ou embryonnaires) voire de reformuler notre identité constituent autant de faits inédits qui intriguent et inquiètent.

Le domaine biomédical « performatif », sous-tendu par une volonté d’amélioration et d’augmentation de potentiel de l’homme voire de sa transformation, est très souvent rétif à la moindre contestation, s’appuyant sur des options décidées entre « experts ». Sa capacité de maîtrise de l’être humain, par le recours à des techniques de sélection, de tri, de manipulation et de recombinaison, palliant ses imperfections mais risquant aussi de changer la nature de l’homme, est un changement de paradigme. La génétique, les neurosciences et les nanosciences constituent des domaines significatifs de menaces directes sur l’intégrité, les droits de la personne, son autonomie et sa faculté de discernement, sur le respect de sa sphère privée. Le concept de responsabilité scientifique est peu évoqué et ne suscite pas les débats publics qui s’imposeraient. L’appropriation et l’exploitation de certains savoirs risque alors de s’exercer au détriment du bien commun. Les débats autour de la « brevetisation du vivant » ou de la « marchandisation des corps » en témoignent.

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