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Vous en reprendrez bien un peu ?, ou de l’arsenic politique

Alors que la tragédie de janvier devait logiquement conduire à mettre en cause le pouvoir en place, celui-ci, telle une promise qui fait réparer son hymen avant la cérémonie fatidique par un chirurgien complaisant, s’est refait grâce à elle une virginité, sans autres frais qu’une débauche de manipulations et de mensonges médiatiques, technique éprouvée, dont le succès répété est à chaque fois un sujet d’étonnement – mais qui, hélas, est d’abord de l’ordre du constat, aussi douloureux soit-il. Jusques à quand le peuple se laissera-t-il abuser ? Jusques à quand se laissera-t-il humilier en acceptant d’être assimilé à ce que l’esprit voltairien a pu produire de plus vulgaire ? Quand sonnera le véritable réveil ?

En attendant ce jour, le pouvoir poursuit avec une conséquence que l’on ne saurait lui reprocher son travail de subversion, en revenant à ses fondamentaux, le couple laïcité/éducation d’Etat, sans aucune retenue désormais. La manifestation du 11 janvier lui a réouvert le boulevard que celles sur le pseudo mariage de personnes de même sexe, son incompétence avérée sur tous les sujets et ses échecs lui avaient fermé. Les propos de ces derniers jours, souvent rapportés, de Claude Bartolone et de Rama Yade sur la laïcité comme religion d’Etat, version républicaine française de la religion civile, ainsi que les directives énoncées hier concernant l’endoctrinement accéléré des enfants de notre pays ont le mérite de la clarté, et nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Alors que le pays se meurt de son matérialisme et du désert spirituel qu’il a engendré, le remède proposé à la violence d’origine islamique est le renforcement de ce poison. Un peu comme si l’on imposait encore davantage de sucre à un diabétique en guise de soin. Il faut croire que l’abrutissement opéré au sein de l’école officielle n’a pas été suffisant encore pour éteindre dans le cœur de tous nos enfants ce désir d’absolu qui fait le fond du cœur de l’homme, car il est la marque en lui de Dieu lui-même. Certains résistent encore, et l’expriment, pour les plus démunis d’entre eux, par le seul moyen que leur a laissé l’absence d’instruction et d’éducation : la violence. Heureux ceux qui peuvent le vivre dans le don de soi et la recherche enthousiaste de la vérité ! Mais la violence des incultes, adroitement instrumentalisée par de plus malins qu’eux, pour n’être que le reflet de notre propre barbarie, ne laisse au pouvoir en place que l’alternative de se renier lui-même, ou bien de remettre une dose de poison. C’est ce qu’il a choisi de faire, et il ne pouvait faire un autre choix, pris comme il est dans une fuite en avant qui n’a pas de terme.

Aux sceptiques, à ceux qui ne verraient dans les propos assimilant la laïcité à une religion qu’une vague rhétorique passagère, il faut conseiller de se cultiver. Trop longtemps, par suite du ralliement et du danger marxiste immédiat, nous avons délaissé la pensée républicaine, et notamment sa matrice du XIXe siècle. Nous nous sommes de ce fait même rendus incapables de comprendre notre propre régime politique, et donc notre propre pays. Nous n’avons absolument aucune excuse, seulement le devoir de rattraper le temps perdu.

Or, que dit Quinet, le maître à penser des fondateurs de la IIIème République, et celui qui trace le programme général de la politique à mener, sinon qu’il n’existe pas de société sans religion, et que par suite un changement de régime comme celui qu’a opéré la Révolution n’a aucune chance de s’ancrer durablement dans le peuple, et donc de réussir, s’il ne procède d’un fondement religieux ? Par suite, et l’Eglise étant par définition disqualifiée pour Quinet, car assimilée au passé, dans une perspective évolutionniste, et devenue par conséquent une simple structure d’oppression tyrannique incompatible avec la liberté moderne, une sorte de Mordor en somme, il faut une autre religion à la France. Celle-ci ayant manqué le tournant historique du protestantisme, il faut une autre religion, dont le seul dogme sera la « Liberté », et l’Eglise l’école publique[1].

Le pouvoir actuel ne fait donc que revenir aux fondamentaux spirituels du régime, et l’assimilation de la laïcité à une religion n’est pas de la rhétorique. C’est seulement la fin d’une forme d’hypocrisie. Car il est clair que, si la laïcité est une religion, l’Etat n’est pas neutre religieusement, et l’opposition séculaire à l’Eglise relève donc d’une forme de guerre de religion, guerre d’usure plus de que mouvement, mais guerre tout de même, dont nous vivons de nos jours certains épisodes clefs, qu’il faut savoir lire à leur juste mesure, et dont il faudrait commencer à tirer toutes les conséquences.

L’islam agit au milieu de tout cela à la fois comme élément perturbateur, car même les plus obtus des républicains doivent bien s’apercevoir qu’il ne rentre pas exactement dans le cadre de leur conception de la religion, mais à la fois aussi comme occasion pour le régime de se renforcer et de renforcer l’étouffement progressif de la société. A idiot utile, idiot utile et demi : chacun des bords pense sans doute être le plus rusé des deux.

Nous ne devons pas attendre qu’ils se départagent pour tirer tous les enseignements d’une époque décidément critique, où tombent les masques malgré la volonté de poursuivre la comédie. Et le principal enseignement, qu’il va bien falloir finir par accepter, c’est que la laïcité, loin d’être la solution, est la racine du problème. Ce n’est qu’en mettant fin à ce régime dévoyé que nous pourrons commencer à le résoudre. Il est temps de réfléchir à l’alternative qu’il convient de lui substituer.

 

Guilhem Golfin



[1] Cf. Edgar Quinet, L’enseignement du peuple, suivi de La révolution religieuse au XIXe siècle, Pluriel, 2001.

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