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VERS une VILLE ASSIMILATIVE

POUR un REGLEMENT VOLONTARISTE du PROBLEME des BANLIEUES

 

Les attentats du mois de janvier conduisent à s’interroger sur ce que l’on nomme « l’intégration » et qui est une usine à produire de l’exclusion, des fractures communautaires, du ressentiment. L’échec de l’intégration provient de phénomènes bien connus : une immigration massive et mal maîtrisée, une crise identitaire de la France elle-même qui n’affirme plus avec fierté ce qu’elle est et qui se laisse prendre aux pièges du multiculturalisme, une souveraineté économique, monétaire économique chancelante. Mais aussi, et peut être surtout, une géographie urbaine qui favorise la désintégration identitaire, ou plutôt qui est un kaléidoscope d’identités multiples, fractionnées voire fracturées, qui n’ont plus rien pour se réunir et que tout sépare désormais.

 

L’accueil des étrangers se fait essentiellement et généralement selon trois modalités :

 

  • Le multiculturalisme, où les peuples vivant dans le même pays coexistent en respectant a minima les lois du pays d’accueil mais exportent leurs modes de vie, leur culte et leur culture exposés visiblement dans l’espace public au sein d’un territoire déterminé qui est une enclave culturelle.
  • L’intégration, qui est l’adhésion aux règles de fonctionnement et aux valeurs de la société d’accueil, ce qui n’interdit pas le maintien des différences dans un esprit de consensus entre les différentes cultures dans le cadre public.
  • L’assimilation, qui est l’adoption inconditionnelle de la culture du pays d’accueil.

 

Aujourd’hui, la ville française est devenue multiculturelle : la disposition géographique centre-ville / banlieue / périurbain témoigne de cette multiculturalisation des villes et en particulier des banlieues qui conduit à des séparations et des fractures plus qu’à des liens sociaux d’humanité.

 

 

Le diagnostic : un atomisme social, produit du multiculturalisme dissimilatif

 

La fantasmagorie de « l’immigration, une chance pour la France » a permis de considérer pendant longtemps ces banlieues comme un modèle d’intégration et un propulseur de réussite sociale car son urbanisation, inspirée de l’architecture soviétique, était sensée réaliser un métissage social créateur de richesse culturelle. Cette sociologie utopiste a entraîné des catastrophes dont nous payons toujours aujourd’hui le prix.

 

Cette architecture a créé de la laideur tout d’abord. Les barres d’immeubles des banlieues sont élaborées selon une architecture uniformisée, faite de lignes droites et de couleurs sordides qui créent les conditions du déclassement. Cet inesthétisme écrase les habitants dans le fatalisme de la laideur et de l’échec.

Cette architecture a créé aussi, et paradoxalement, de l’anonymat et a renforcé la solitude et l’individualisme. L’utopie collectiviste des cités a laissé place à des barres d’immeubles où la coexistence est forcée par la pauvreté, où règne un anonymat paradoxalement très individualiste et où sont parqués les ouvriers peu qualifiés, les chômeurs ou bénéficiaires du RSA et les immigrés primo-arrivants. Marquée par un gigantisme qui avait une symbolique collectiviste forte, mais oubliée depuis les années 70, la cité de banlieue produit de la solitude. Le ciment essentiel à ce genre d’habitat n’existe plus. Les associations s’investissent pour « créer du lien social » là où règne au contraire éclatement et atomisme social.

Cette atomisme social engendre un communautarisme évident dans les cités que seuls les idéologues de gauche ne veulent ou ne peuvent pas voir. Depuis longtemps d’ailleurs, les organismes de logement social (office HLM, OPAC etc.) ont, par facilité de gestion ou par stratégie sociale d’intégration, regroupé ethniquement les immigrés dans les barres d’immeuble : tel immeuble logeait majoritairement des ouvriers et retraités, un autre des immigrés d’Afrique subsaharienne, un autre des arabo-musulmans. Cette stratégie de répartition, qui était parée de toute la bonne foi intégratrice, s’est avérée un accélérateur désastreux de communautarisation. L’assimilation est devenu difficile ou dans certains quartiers impossible. Il y a un marquage territorial manifesté par les tags dont la symbolique fonctionnait ou fonctionne encore comme une signalisation ésotérique lisible par des membres d’une même bande. Cette tribalisation sociale et ethnique a rendu impossible le règne de l’Etat de droit. Ce qu’on appelle les territoires perdus de la République est le tragique produit du renoncement par la police, c’est-à-dire par l’Etat, à entrer et faire régner l’ordre public.

 

Dans cette ville, tous les symboles de l’autorité de l’Etat sont défaillants. La famille, souvent monoparentale ou excessivement nombreuse dans des espaces restreints et insalubres, est déstructurée et n’offre pas de compensation affective à des jeunes en déshérence. L’école, essentiellement gangrénée par l’idéologie multiculturaliste, renie la culture d’accueil et renonce aux apprentissages fondamentaux. Elle renonce à apprendre le sens de l’écoute, de sens de l’ordre et prépare et conforte l’atomisation sociale.

Ce vide social, cette fraternité architecturalement mise en scène, mais complètement oubliée, a été comblée par la délinquance, créatrice de valeurs nouvelles, à l’opposé de la morale première (honnêteté, travail, effort, etc.). La gangstérisation des comportements y compris dès le plus jeune âge n’est pas foncièrement nouvelle – elle date d’au moins une trentaine d’années – mais elle se développe et devient une forme de norme que l’ « héroïsation » désastreuse du délinquant dans le cinéma, les chansons voire les plateaux de télévision, n’a fait qu’accentuer.

  

Les propositions : mettre en œuvre des dispositifs d’assimilation

La cité, élément clé de la ville d’aujourd’hui, doit être profondément réformée. Une politique de la ville ambitieuse, interministérielle doit être rapidement mise en œuvre pour développer l’assimilation des populations dans une communauté de destin.

Tout d’abord, la cité, toutes les cités, doivent réintégrer la société commune. Avoir des zones de non-droit latentes ou patentes est un désastre social qu’il faut régler promptement. Le travail d’assimilation doit poursuivre trois objectifs :

 

La reconfiguration urbaine.

Tout immeuble vétuste et irréparable sera détruit et remplacé par un immeuble ne devant dépasser quatre étages et dont la façade sera débarrassée impérativement des paraboles qui, outre la laideur de l’objet, sont un symbole fort d’appartenance à une communauté lointaine et d’une dissimilation avec le pays d’accueil. L’utilisation des paraboles sera résolument interdite par arrêté préfectoral et sera remplacée par un plan de numérisation des banlieues[1].

Le plan des cités doit être repensé : le plan des cités est souvent un plan fermé, circulaire qui enferme les habitants dans un espace clos et peu prometteur de mobilité sociale.  Les cités à venir seront plus ouvertes structurées comme une ville romaine avec un cardo et un decumanus. L’inscription de la ville dans une culture romaine ramène aux racines de notre civilisation et permet architecturalement de créer des conditions de circulation, de vie et de contrôle plus efficaces. Il faut pour cela solliciter un ou plusieurs architectes qui se pencheront sur ces questions fondamentales de l’interaction entre l’homme et son habitat[2].

 

La reconfiguration de l’école et de l’environnement éducatif

Outre les réformes qui s’imposent dans les programmes scolaires à l’échelle du pays et qui doivent viser un apprentissage des fondamentaux et un véritable apprentissage intégratif de la culture occidentale, l’école doit être reconfigurée. Le nombre d’élèves par classe doit être réduit drastiquement pour restaurer un lien pédagogique souvent rompu entre l’élève et les enseignants sans que cela devienne une pédagogie individuelle et affective. Les problèmes comportementaux doivent être réglés énergiquement avec une véritable politique d’ordre public qui sera intégrée dans tous les projets d’établissement. Des moyens seront alloués pour éventuellement affecter un surveillant pendant l’heure de cours pour faire régner la discipline et forcer les élèves à l’écoute. Pour les élèves en rupture avec l’institution scolaire ou dont les problèmes comportementaux seraient avérés et perturberaient l’ordre public, un stage d’encadrement assuré par l’armée pourrait restructurer les comportements déviants.

Cette ville nouvelle connaîtrait des lieux d’apprentissage soumis au droit commun (l’école) et des enclaves de droit exceptionnel matérialisées par des établissement de redressement où le droit commun serait suspendu pour un ou deux mois avec rupture radicale avec le milieu social y compris familial. Le retour à la vie civile ferait l’objet d’une surveillance hebdomadaire par la préfecture pendant six mois.

 

Une reconfiguration ethnique et sociale

Souvenez-vous de cette polémique qu’avait subie l’actuel Premier ministre et dont témoigne cet extrait de l’Express.fr :

Le député-maire socialiste d’Evry affirme vouloir lutter contre le « ghetto » et les « communautarismes ». Dans une vidéo diffusée quelques jours plus tôt, Manuel Valls avait demandé qu’on rajoute « quelques blancs, quelques white, quelques blancos » dans une brocante de sa ville, ce qui avait déclenché une polémique.[3]

Cette phrase me semble être de mémoire la phrase politique la plus révélatrice et intéressante prononcée ces dix dernières années. La phrase de Manuel Valls dit tout le malaise visuel, tout le caractère anxiogène que peut avoir une surreprésentation d’une population de couleur dans un espace déterminé et géographiquement limité. Les personnes de races blanches, essentiellement ouvriers, chômeurs ou petits artisans, qui vivent sur place ne peuvent que ressentir cette impression de substitution ethnique et culturelle. La classe politique et médiatique a trop longtemps méprisé ce sentiment tout à fait légitime sous le vocable de « populisme ». Il convient aujourd’hui d’écouter cette anxiété qui est, non pas psychologique comme on aimerait à le faire croire mais qui est avant tout culturelle. Comment ? En encourageant au repeuplement de ces quartiers par des personnes de races blanche par une incitation fiscale ou sociale (création d’emploi public au départ : surveillant d’établissement scolaire).

Que penser en outre des personnes de couleur dont la plupart a fait le choix de vivre en France ? Il y a pour eux à leur arrivée quelque chose de rassurant à retrouver les repères culturels, cultuels et civilisationnels de leur pays d’origine. Mais dans l’immigration vécue ainsi il y a bien assimilation, mais à la culture d’origine. La géographie des quartiers populaires reproduit à l’identique dans les cités ou dans certains quartiers populaires de centre-ville, les atmosphères de vie nord-africaine (Marseille, Paris XVIIIème, etc.). Comment peut-on ainsi parler d’intégration, de partage d’un destin commun, de sentiment d’appartenance ? Toute action de scolarisation ou d’assimilation globale à la vie du pays d’accueil est vécue comme une colonisation symbolique. Les personnes de couleur sont enfermées dans un destin hors-sol, confinés à la nostalgie ou à l’idéalisation fantasmatique du pays abandonné. Le repeuplement blanc doit aider à sortir de cet enfermement tragique à bien des égards pour répondre à l’atomisation sociale et culturelle désastreuse qui défait le lien social[4]. Pour permettre ce repeuplement et orchestrer efficacement sa mise en œuvre, il convient de lever les barrières juridiques, notamment l’interdiction d’utiliser des données ethniques ou religieuses dans les documents de à caractère administratifs. Une saisine du Défenseur des droits pour avis pourrait aider à trancher cette difficile question. Une analyse des barrières juridiques à lever pourrait être effectuée par le ministère de l’ordre public et particulièrement la direction des libertés publiques (DLPAJ) de l’actuel ministère de l’intérieur.

 

Ré-harmoniser ethniquement et socialement la ville du XXIème siècle pour réparer les déséquilibres désastreux d’un multiculturalisme anarchique et incontrôlé et ce, pour aller vers une ville assimilative. Voilà le défi crucial qui nous attend et qui devra être relevé à partir de travaux éclairés, prudents et étayés sur la question. La politique de la ville inclusive a été conduite par un humanisme sans doute sincère mais qui a conforté le déracinement culturel de familles entières, l’exclusion, le chômage et parfois une radicalisation islamiste dont on voit les effets aujourd’hui. Beau produit de l’humanisme droit-de-l’hommiste qui défait le lien social et qui doit être remplacé en la matière par une générosité réelle : accueillir l’étranger dans de bonnes conditions et s’en donner les moyens financiers mais aussi et surtout les moyens intellectuels et politiques.

 Laurent Benoisey


[1] Au-delà des litanies enthousiastes du numérique comme vecteur d’intégration et de progrès social, l’absence de numérique dans la société d’aujourd’hui, crée de l’exclusion. La fracture numérique peut être douloureusement ressentie par des populations coupées des réseaux sociaux et des opportunités d’insertion sur le marché du travail, des opportunités d’accès rapide à des aides sociales ou même à des pédagogies d’assimilation par la langue. Le numérique pourrait être utilisé dans les banlieues comme instrument d’assimilation.

[2]On pourrait réfléchir à un habitat assimilatif, connecté et développant des services pour le quotidien en éliminant tout ce qui peut être anxiogène pour des primo-arrivants. 

[3] Le document date du 7 juin 2009.

[4]La loi Solidarité et Rénovation Urbaine du 13 décembre 2000 dite Gayssot imposant 20% de logement sociaux dans les villes de plus de 3500 habitants allait dans le sens de la mixité sociale mais à l’envers si l’on peut dire. Elle incitait les populations de couleur à se déplacer, ce qui n’a bien sûr pas marché, les effets communautaires incitant à l’immobilité. La loi ALLUR de Cécile Duflot s’interroge sur l’insalubrité à travers le prisme marxisant d’un rapport conflictuel entre propriétaires (ou bailleurs sociaux) et locataires, en oubliant cette dimension géographique et ethnique. Une évaluation de ces deux lois devrait être entreprise dans le cadre d’un travail sur les questions sociales.

 

 

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