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Un cas d’école

En dehors de quelques réactions très justes de la part d’Yves Daoudal[1] ou Jeanne Smits[2] sur leurs blogs respectifs, ainsi que d’un article dans Boulevard Voltaire[3], dans l’ensemble le référendum irlandais du 23 mai consacrant le “mariage“ de personnes de même sexe n’a pas donné lieu à de grands commentaires de la part des opposants à ce genre de mascarade, tout au moins en France. L’événement a pourtant assurément son importance.

Redisons tout d’abord, que le vote de samedi achève de consacrer la triste décomposition d’une chrétienté, en entendant par là un ordre social et politique régi par les principes évangéliques, et de l’une des plus belles d’Europe historiquement parlant. En quelques décennies, cette chrétienté a été bafouée, reniée, avec comme sorte de point d’orgue le vote de samedi, qui consacre ce reniement dans le blasphème, ainsi que le fait très justement remarquer Yves Daoudal : car la Constitution irlandaise garde comme préambule une invocation à la Très Sainte Trinité et à Jésus Christ…[4] Voilà un parfait exemple de culture « charlie » !

Le vote irlandais peut ainsi également faire office de cas d’école pour qui veut étudier le travail de subversion auquel se livre la culture libérale libertaire contemporaine. En effet, il a été organisé après celui au parlement du droit à l’adoption des enfants par des couples homosexuels (Children and Family Relationships Act, voté au début du mois d’avril dernier), et a donc été vidé d’une bonne part de sa signification, sauf symbolique, ce qui pouvait le rendre plus “acceptable“, ou tout au moins contribuait à désarmer l’opposition. Il a par ailleurs bénéficié d’une campagne massive en faveur du oui de la part de tous les supports médiatiques officiels imaginables, qui ont instauré, on peut s’en douter, une sorte de terreur intellectuelle et morale, face à une opposition manifestement timorée et sans grande structure, et dont le message a été en partie sapé par certains ecclésiastiques jouant une sorte de double jeu, qui en faveur du oui, qui se refusant à donner une consigne de vote et donc d’exprimer une condamnation nette. Il est par conséquent clair qu’il est à tout le moins difficile d’y voir quelque chose d’honnête. Les jeux étaient faits à l’avance, et il s’agit en fin de compte surtout d’un instrument de choix pour la propagande du lobby homosexuel au niveau international.

 

Rien de tout cela, malheureusement, n’est inédit, et si les choses s’y résumaient, on pourrait presque dire que l’Irlande n’est qu’un cas de plus dans une liste déjà longues de pays ayant renié leur âme. Mais l’affaire va plus loin. Malgré le caractère critiquable du référendum tel qu’il a été organisé, il reste que c’est un référendum, et non le vote d’un parlement. Par conséquent, l’argument qui veut qu’une telle décision soit le fait d’une oligarchie pervertie et coupée du peuple, s’il n’est pas entièrement nul du fait de la manipulation des opinions, est tout de même considérablement affaibli. Et c’est bien ce qui réjouit et conforte le lobby lgbt.

En vérité, l’Irlande offre un cas pur de l’opposition de deux légitimités, celle de la volonté générale, d’un côté, celle de la loi naturelle de l’autre. Selon le premier principe, le vote de samedi a une valeur absolue. Selon le second, il est nul et non avenu, un simple fait accompli, un coup de force sans aucune légitimité. Entre les deux, il n’y a pas de conciliation possible. Il faut choisir : être avec Antigone, ou être avec Créon. Sauf que Créon ici revêt la figure du peuple, du moins d’une partie officiellement majoritaire de celui-ci, cette partie qui détient la vérité selon les principes de Rousseau et revendique de ce fait même une pleine et entière légitimité. (En fait, ce n’est bien entendu que la majorité des votants, ce qui fait ressortir de manière concrète toute la perversité de nos pseudo-démocraties, où une minorité réelle, qui plus est plus ou moins manipulée par des groupes en son sein qui détiennent effectivement le pouvoir, s’arroge le droit de décider pour la communauté.)

L’exemple est à méditer. Tout l’enjeu du début de réveil qui s’est manifesté en France n’est autre que de réaffirmer le primat de la loi naturelle sur la volonté humaine, et ainsi de retrouver le principe vrai de l’ordre social, qui n’est autre que la justice, et non ce qu’on nomme le droit individuel. La lutte contre l’idéologie n’a pas d’autre sens, car l’idéologie n’est que l’instrumentalisation systématisée de l’intelligence et de la vérité par la volonté et le désir. Cette instrumentalisation transformée en pouvoir effectif, c’est le règne de la tyrannie. Il n’est que de relire le Gorgias de Platon pour le comprendre. Tel est ce à quoi nous sommes confrontés, avec la difficulté de savoir comment s’y prendre pour réaffirmer de manière efficace ce primat de la loi naturelle et de la justice.

Mais répondre à cette question suppose de s’être au préalable convaincu vraiment qu’il n’y a pas de moyen terme en Antigone et Créon, qu’il n’y a pas de tergiversation possible. Toute position de compromis est en l’occurrence un gage donné à l’adversaire, qui a pour lui le pouvoir et la puissance. L’erreur mortelle ici serait de prendre prétexte de la manipulation des opinions pour affirmer que le résultat du vote est dû à cette perversion du système dit démocratique. Comme si cette perversion était purement accidentelle, et comme si tout le système n’était pas fait pour la rendre possible, et par là même pour faciliter la légitimation de décisions arbitraires. En vérité, c’est le système lui-même qui est en jeu, en tant qu’il repose sur la négation de la loi naturelle et fait reposer le droit sur la volonté.

La condition première d’un renouveau est de se pénétrer de cette vérité. Alors seulement peut être posée la question des moyens.

Guilhem Golfin



[4]« In the Name of the Most Holy Trinity, from Whom is all authority and to Whom, as our final end, all actions both of men and States must be referred, We, the people of Éire, Humbly acknowledging all our obligations to our Divine Lord, Jesus Christ, Who sustained our fathers through centuries of trial, Gratefully remembering their heroic and unremitting struggle to regain the rightful independence of our Nation, And seeking to promote the common good, with due observance of Prudence, Justice and Charity, so that the dignity and freedom of the individual may be assured, true social order attained, the unity of our country restored, and concord established with other nations… » (Au nom de le Très Sainte Trinité, de Qui provient toute autorité, et à Qui, à titre de fin ultime, doivent être référées toutes les actions tant des hommes que des Etats, Nous, peuple de la République d’Irlande, reconnaissant avec humilité toutes nos obligations envers notre Divin Seigneur Jésus Christ, Qui fut le soutien de nos pères à travers des siècles d’épreuve, nous rappelant avec gratitude le combat héroïque et constant de ceux-ci pour retrouver l’indépendance légitime de notre Nation, et cherchant à promouvoir le bien commun en faisant preuve comme il se doit de Prudence, de Justice et de Charité, afin que la dignité et la liberté de l’individu soit assurées, et atteint un véritable ordre social, afin que soit restaurée l’unité de notre pays, et instaurée la concorde avec les autres nations… »)

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