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Régionales 2015 : Il est temps de retrouver les fondements !

La France, avec les résultats des élections régionales 2015 vit des heures historiques. La France vit une rupture et il ne faut pas craindre de le reconnaitre. L’Institut Ethique et Politique Montalembert estime que nous sommes à la veille d’une grande révolution démocratique et humaine car le pouvoir incarné par les partis dits de gouvernement, comme toutes les élites, sont, aujourd’hui totalement inaudibles et hors-jeu. En cela nous confirmons que le système politique installé en France depuis la fin du gaullisme est en train de s’effondrer. Nous constatons que le FN se place au centre du nouvel échiquier politique, et qu’il est l’outil mystérieux par lequel cette opération révolutionnaire apparaît. Mais justement cherchons sérieusement à comprendre en profondeur ce que révèle ce résultat !

LA FRANCE est née dans le sillage de quelques grands mots, comme la personne, la liberté, le travail, l’égalité, le progrès et la fraternité.

Ces mots sont nés du christianisme, ils ont permis un profond processus d’“humanisation” de la France et de sa culture depuis la conversion de Clovis et de ses guerriers, premiers des peuples « barbares » à adopter la religion romaine. Depuis de nombreuses années, bien qu’ils continuent d’être utilisés et peut être parce qu’ils le sont de plus en plus avec de moins en moins de clairvoyance, ces mots ont perdu leur richesse originelle. Pourquoi ?

À un moment donné du parcours français – dans un processus au cours duquel cette même chrétienté qui avait contribué à générer des mots comme liberté et progrès les a ensuite mortifiés –, la tentative de rendre ces acquis fondamentaux indépendants de l’expérience qui leur avait permis d’émerger a ébranlé les consciences. Comme le disait le cardinal Joseph Ratzinger lors d’une intervention à Subiaco, suite à un long processus historique, « à l’époque des Lumières […] dans l’opposition des confessions et dans la crise pressante de l’image de Dieu, on chercha à tenir les valeurs essentielles de la morale hors des contestations, et à trouver pour elles une évidence qui les rendrait indépendantes des multiples divisions et incertitudes des différentes philosophies et confessions. On voulait ainsi assurer pour elles les bases d’une vie en commun et, plus généralement, les bases de l’humanité. À cette époque, cela parut possible, car les grandes convictions de fond créées par le christianisme résistaient en grande partie et semblaient incontestables. » (J. Ratzinger, « La crise de la culture », L’Europe de Benoît dans la crise des cultures, Parole et Silence, Les-Plans-sur-Bex 2011, ch. III, édition électronique). C’est alors que s’est développée la tentative des Lumières d’affirmer ces « grandes convictions », tellement évidentes qu’elles paraissaient pouvoir tenir toutes seules, indépendamment d’un christianisme vécu intérieurement et assumé.

Et quelle a été l’issue de cette « prétention » surhumaine ? Les grandes convictions sur lesquelles s’est fondée notre vie en commun pendant plusieurs siècles sont devenues des abstractions incapables de susciter l’adhésion. Les communautés humaines d’Europe se sont trouvées dépouillées de leurs racines spirituelles face aux vicissitudes de l’histoire, avec ses imprévus et ses provocations ? La difficulté de la situation qui a résulté de ces choix est sous les yeux de tout le monde.

La tentative, portée à l’extrême, de façonner les réalités humaines en faisant complètement abstraction de Dieu nous conduit toujours plus au bord de l’abîme, vers un total conditionnement de l’homme qui l’empêche de trouver les solutions qu’appellent les changements de l’histoire.

 

Qu’est-ce qui documente un tel conditionnement ? Il suffirait de se rendre compte de l’effet que ce processus a eu sur deux des choses qui nous tiennent le plus à cœur, à nous Français modernes : la raison et la liberté.

La culture des Lumières, dont il ne faut pas oublier qu’elle fut initialement véhiculée par le clergé, est définie en substance par les droits constitutifs des  libertés ; elle part de la liberté comme une valeur fondamentale qui est la mesure de toute chose : la liberté de conscience, qui inclut la neutralité religieuse de l’État ; la liberté d’expression, l’institution démocratique, c’est-à-dire le contrôle parlementaire et des corps intermédiaires sur les décisions de l’État ; la défense des droits de l’homme et l’interdiction des discriminations.

Seulement, privé de son fondement qu’est l’égalité de tout homme devant la puissance bienveillante du Dieu chrétien, le concept d’égalité s’élargit de plus en plus si bien que l’interdiction de discrimination peut se transformer toujours davantage en une limitation de la liberté d’opinion et de conscience. C’est pourquoi une idéologie confuse de la liberté conduit à un dogmatisme qui se révèle de plus en plus hostile envers la liberté. Le détachement radical de la philosophie des Lumières de ses racines revient, en dernière analyse, à se passer de la personne humaine dans son originalité, au profit d’une vision abstraite de la nature humaine.

Or, cette philosophie n’exprime pas la totalité de la raison de l’homme, mais seulement une partie, en quelque sorte celle qui a été identifiée et conceptualisée autour de la Méditerranée par la culture grecque et ailleurs dans le monde par les grandes philosophies. Le christianisme, par l’affirmation de la notion de personne, issue de la christologie, a donné à la raison sa pleine dimension. Un retour en arrière, par la négation de cette notion comme contraire à la raison abstraite, revient à une mutilation de la raison humaine. On ne peut considérer un tel retour en arrière comme un choix rationnel. Il fait partie de la raison humaine de remettre en cause les vérités révélées, mais il fait aussi partie de cette même raison d’accepter la possibilité que cette remise en cause aboutisse à reconnaître le fondement transcendant de la vérité : la critique finit toujours par se retourner contre elle-même.

C’est pourquoi le véritable antagonisme qui caractérise le monde d’aujourd’hui ne se situe plus entre les différentes cultures religieuses, mais entre l’émancipation radicale de l’homme qui se sépare de Dieu et des racines de la vie, d’un côté, et les grandes cultures monothéistes de l’autre. C’est là que se trouve la véritable guerre des civilisations.

Cela ne signifie pas prendre a priori une position « anti-Lumières » : comme nous l’avons dit, la philosophie des Lumières est d’origine chrétienne et ce n’est pas par hasard qu’elle est née justement et exclusivement dans le milieu de la foi chrétienne. On doit néanmoins souligner qu’à partir « des Lumières », une pensée a voulu séparer le christianisme de la modernité, rompant avec sa propre origine.

À ce point, nous pouvons mieux comprendre quel est le problème de la France, la racine de cette crise qui la touche et ce qui est vraiment en jeu : son identité.

Le problème qu’a la France à trouver sa propre identité nous semble tenir au fait qu’il y a aujourd’hui en France deux âmes :

– L’une des deux est une raison abstraite, anti-historique, qui entend tout dominer parce qu’elle se sent au-dessus de toutes les cultures. Elle pense être une fin en elle-même qui entend s’émanciper de toutes les traditions et valeurs culturelles en faveur d’une rationalité abstraite. La sentence de l’Association des Maires de France sur la crèche (qu’il faudrait retirer des espaces publics) est un exemple de la volonté de la raison abstraite de se libérer de toutes les traditions, de l’histoire. Nous pensons que la France ne peut durer, et surtout continuer de rayonner ainsi. La raison pure séparée de l’histoire, de la vérité, ne peut se diffuser, attirer les consciences, car le progrès de la raison s’inscrit toujours dans une histoire personnelle.

– L’autre âme est celle que nous pouvons appeler chrétienne (culturellement). Elle est ouverte à tout ce qui est raisonnable, puisque c’est elle qui a créé l’audace de la raison et la liberté d’une raison critique. Mais en restant ancrée dans ses racines, cette France, est capable de faire rayonner ses grandes valeurs, de partager ses grandes intuitions, « dans sa vision de la foi chrétienne. » (Benoît XVI, Interview dans le film « Les cloches de l’Europe », 15 octobre 2012).

Or, ce qui est en danger avec la crise de l’identité française, c’est précisément une vision de l’homme, de sa raison, de sa liberté, en un mot la raison critique elle-même.

Le danger le plus grave n’est pas tant la destruction d’un peuple, la mise à mort, l’assassinat, c’est la tentative, de la part du pouvoir, de détruire l’humain. L’essence de l’humain est la liberté, c’est-à-dire le rapport avec l’infini. C’est pourquoi la bataille qui doit être menée par l’homme qui se veut homme libre est la bataille entre sa conviction authentique et le pouvoir. C’est bien cette bataille que révèlent en grande partie les résultats de l’élection de dimanche dernier.

Voilà la nature de cette crise, qui n’est pas avant tout économique. Elle concerne les fondements. « Ce qui, en référence aux questions anthropologiques fondamentales, est la chose juste et peut devenir droit en vigueur, n’est pas du tout évident en soi aujourd’hui. À la question de savoir comment on peut reconnaître ce qui est vraiment juste et servir ainsi la justice dans la législation, il n’a jamais été facile de trouver la réponse et aujourd’hui, dans l’abondance de nos connaissances et de nos capacités, cette question est devenue encore plus difficile. » (Benoît XVI, Discours devant le Bundestag, 22 septembre 2011).

Si nous n’avons pas conscience que c’est l’accessibilité de ces fondements qui est en jeu – des fondements sans lesquels une vie en commun stable n’est pas possible –, nous nous distrayons dans un débat sur les conséquences. Regagner les fondements : voilà l’urgence la plus grande qui se présente à nous. Et les Français le 13 décembre l’ont exprimé de différentes manières, sachons donc le reconnaitre !

Face à toutes les imposantes tentatives de conditionner l’homme, de réduire l’exigence de sa raison en réduisant la portée de sa demande comme peuvent le faire de nombreux médias et politiques, l’urgence de la liberté s’est exprimée. Cette urgence finit toujours par s’exprimer, (en tant que désir d’accomplissement de l’homme dans chacun de ses mouvements). Elle est comme le cœur de l’homme qui continue à battre, irréductible, même dans les situations les plus difficiles. Nous pouvons surprendre cela dans les tentatives les plus variées – parfois confuses, mais non moins dramatiques et sincères – des Français d’aujourd’hui pour retrouver cette plénitude des fondements, au-delà des apparences contradictoires de leurs votes et de leurs abstentions.

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