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Les leçons du 5 juin

L’arrêt rendu le 5 juin 2015 par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est particulièrement intéressant. Il démontre à nouveau que nous vivons une situation démocratiquement instable, ce que nous désignons comme Post-démocratie. Serait-il juste de se résigner à ces conclusions ?  Pour preuve le désaccord exprimé par cinq juges et leur volonté publique de se dissocier de la décision qu’ils ont ouvertement critiquée, avec une sévérité hors normes. Depuis 2013 nous avons compris qu’au-delà des péripéties judiciaires et des controverses suscitées par l’état de handicap de M. Vincent Lambert, d’autres valeurs devaient être mobilisées que celles bien discutables car peu constructives de la compassion collective.

Il nous faut renforcer notre vigilance lorsque les arbitrages et les équivoques menacent les droits fondamentaux des personnes fragiles vulnérabilisées aujourd’hui plus que jamais du fait de la décision de la CEDH. Elles risquent d’être exposées à des agissements dangereux tant la société consent sans état d’âme à faire mourir.

La manifestation d’une sollicitude concrète à leur égard dans leur parcours de vie reste la seule réponse à un accompagnement digne. Nous devons soutenir les familles et les proches qui vivent au quotidien une telle implication remarquable : résolues dans leur présence qui signifie l’amour, la fidélité et un refus de l’abandon. Ces familles restituent à notre démocratie le sens profond de l’idée de fraternité.

En démocratie nous devrions nous opposer à la violence de certaines décisions qui compromettent les conditions mêmes du vivre ensemble. Tel doit être aujourd’hui notre action car les arrêts rendus par la CEDH ou le Conseil d’État le 24 juin 2014 sont profondément discutables. Comment en est-on arrivé là ? Quels sont dorénavant les droits des personnes en état de conscience minimale ou en état d’éveil sans réponse ; à quel type de responsabilités ils nous engagent désormais.

L’exigence éthique semblait justifier une concertation nationale favorisant une nécessaire pédagogie et une appropriation par chacun des conditions d’exercice d’une telle responsabilité. Ceci surtout pour défendre les principes inconditionnels des droits de l’homme. Il faut ici rendre hommage à la société civile qui milite pour l’affirmation d’une vraie démocratie, à leurs engagements individuels ou dans le cadre d’associations : ils nous permettent de demeurer éveillés et d’espérer encore de la vie publique. Ils inspirent l’action de l’Institut Ethique et Politique Montalembert.

Nous voulons dire, pour conclure, notre considération et notre sollicitude à celles et à ceux qui, directement ou indirectement, se sont trouvés ainsi impliqués dans un désastre dont on ne cerne que difficilement la portée. Il faut comprendre que les positions que nous défendions avec infiniment de respect à l’égard de M. Vincent Lambert et d’autres personnes confrontées à l’impensable et au si difficilement tolérable, sont celles que l’on se doit de tenir pour chaque personne humaine. On peut avoir le sentiment, contrairement à d’autres, que nous « avons perdu » avec cette conclusion du chapitre judiciaire, et qu’il y a urgence à analyser avec courage ce que signifie pour une société ce verdict de justice. Nous sommes convaincu que notre démocratie gagne à ce que l’on ne se satisfasse pas, dans un unanimisme complaisant et donc inquiétant, de résolutions qui pour le moins justifient qu’on en comprenne les justifications et les mobiles profonds. Que l’on en débatte ensemble afin d’en sortir de véritables conclusions humaines. Il nous faut désormais tirer les leçons du 5 juin, ne serait-ce que pour donner sens à ce temps d’attente et d’incertitudes qui, depuis 2013, a conditionné l’existence de M. Vincent Lambert aux péripéties de décisions judiciaires et d’un débat de société susceptibles d’affecter jusqu’à sa dignité même.

Il nous faut aujourd’hui agir pour renforcer nos solidarités, notre conception du bien commun, au moment où tant de signes en appellent au courage de l’engagement vrai pour sortir de cette situation d’impasse démocratique.

Louis BOIS,

Expert en éthique professionnelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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