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Arrêtons le massacre, sauvons la démocratie.

Quatre-vingt dix sept, ils étaient quatre-vingt dix sept sur cinq cent soixante-dix-sept députés à rejeter l’article 1 du projet de loi sur le mariage. Mais où étaient les autres ? Où étaient les deux cent trente quatre députés de l’opposition ? Sont-ils favorables au texte sans oser le dire ? Ont-ils préféré rester chez eux, estimant que le combat était déjà perdu et, qu’après tout, une loi n’était qu’une loi.

Cette faible participation au vote, déplorée par Hervé Mariton, député de la Drôme, illustre une nouvelle fois combien les députés eux-mêmes mésestiment leur rôle. Ils sont les représentants de la Nation ; chacun d’entre eux représente la Nation toute entière. Ils ne sont pas des techniciens qui ajustent des textes toujours plus précis pour les faire s’approcher d’une réalité toujours plus fugitive. Ils ne sont pas non plus des fonctionnaires relevant de partis politiques qui leur imposeraient devoir de réserve et orientations de conduite. Le groupe socialiste, en revendiquant la discipline de vote comme sa méthode de travail, montre qu’il n’a jamais accepté la Cinquième République. La grandeur de notre constitution est d’avoir rompu avec la logique des partis qui, à plusieurs reprises, nous a conduits au fond du gouffre. Leur seul objet est de concourir à l’expression du suffrage.

Quand donc nos représentants consentiront à jouer leur rôle ? Quand lieront-ils enfin démocratie et responsabilité ? Quand seront-ils assez libres pour savoir simplement que leur rôle est de voter la loi, une loi générale et impersonnelle, qui ne soit ni l’expression des groupes de pression, ni le dernier avatar des modes ? Quand sauront-ils enfin que la noblesse de leur action est qu’elle s’exerce dans les limites de la raison. Ni Solon, ni Lycurgue, ni Michel de l’Hospital, ni Portalis n’ont pensé que leur rôle de législateur était celui d’un démiurge cherchant à manipuler les mots pour tordre le réel. Laissons résonner en nous les mots d’Antigone sur les lois non écrites, celles qui sont inscrites dans le cœur de tout homme et que nul n’a le droit de bafouer. Laisserons notre Parlement être le temple de la procédure, de l’air du temps et du règne des partis. A notre honte, il le fut déjà à bien des reprises, et d’abord en 1940.

Une nouvelle fois, aujourd’hui, notre Parlement s’égare. Au mépris de l’esprit de l’article 34 de la constitution, il s’aventure sur des thèmes qui ne relèvent pas de lui. Si nos représentants témoignent de si peu de prudence et de sagesse, il est du devoir des citoyens français, du peuple français qui, le 13 janvier dernier, a manifesté dignement dans les rues de Paris, de le lui rappeler, de le ramener à la mesure, de lui faire comprendre que le progrès ne justifie pas les entorses à la vérité.

Oui, il est de notre devoir, si nous voulons sauver notre démocratie, d’élire dorénavant des élus responsables, des élus qui ne se mettent pas en tête de modifier la nature quand elle ne leur plaît plus, des élus qui viennent dans l’hémicycle pour résister à l’injustice, des élus qui prennent enfin conscience de ce qu’ils représentent : la Nation dans son ensemble dont ils sont les gardiens de la dignité.

Dans les élections qui viennent, municipales, sénatoriales, puis demain législatives et présidentielles, ayons à cœur de faire battre ceux de nos élus qui ne nous représentent pas dignement. Le débat sur le projet de loi sur le mariage nous y encourage ; il nous fournit un observatoire très clair de ce qu’est devenu notre Parlement. Par notre vote, soyons intransigeants. La pérennité de notre République et de notre démocratie est à ce prix.

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