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Syrie : Les conditions d’une guerre juste en Syrie ne sont pas réunies

 

L’Institut éthique et politique Montalembert se prononce contre l’envoi de l’armée française en Syrie pour de multiples raisons. En premier lieu, l’information concernant la réalité du conflit n’est pas suffisante, en l’absence des conclusions des inspecteurs de l’ONU. Il semble en outre que depuis plusieurs mois des armes chimiques aient été utilisés par les deux camps. Ce seul doute réduit l’argumentation du président Hollande en faveur d’une intervention militaire de la France. Par ailleurs, de nombreuses sources contredisent la pensée généralement répandue dans nos medias et relayée par le Quai d’Orsay sur la légitimité du combat mené par les rebelles, leur soutien et en miroir sur les atrocités en sens unique commises par le gouvernement syrien. En outre, l’exemple des printemps arabes qui déchantent nous invitent à la plus grande prudence vis-à-vis du chaos qui pourrait suivre l’élimination du régime en place et de la récupération islamiste latente.

L’Institut éthique et politique Montalembert se pose la question des raisons fondamentales de l’intervention française. Depuis plusieurs mois il semble qu’il y ait un décalage important entre les affirmations du Quai d’Orsay et la réalité syrienne. Pourquoi donner tant de légitimité au combat mené par les rebelles, alors même que leur revendications ne sont pas sûres ? Pourquoi vouloir faire a priori tomber le président Bachar el Assad alors qu’aucune solution de remplacement fiable ne se présente ? Pourquoi nier le fort soutien islamiste des rebelles et oublier que leurs bailleurs saoudiens ou qataris ne sont pas des enfants de choeur ?

L’exemple récent des printemps arabes, comme la chute déjà ancienne de Saddam Hussein montrent qu’un chaos souvent plus grand suit durablement une intervention extérieure dans ces conflits internes arabes. De toute évidence, l’Occident maitrise mal la question du Moyen Orient. Une intervention massive visant à faire tomber un régime incontestablement despotique fait exploser les équilibres fragiles qui permettent paix civile et cohésion sociale minimale. Une présence internationale trop brève, un manque de préparation et de transition démocratique livrent rapidement les pays « libérés » aux influences et aux forces extérieures ou à la désintégration du pays.

Aussi, aux quatre questions légitimant une guerre juste nous pouvons répondre négativement.

1-   Le dommage infligé par le régime officiel aux rebelles ou à la communauté des nations est-il durable, grave et certain ? NON. La désinformation ne permet pas de répondre correctement à cette question. Et les rebelles ne semblent pas en reste dans l’usage de la force.

2-   Tous les autres moyens d’y mettre fin se sont-ils révélés impraticables ou inefficaces ? NON Dans la mesure où l’attitude occidentale a consisté d’emblée à soutenir les rebelles presque sans condition et de ce fait n’a pas cherché à apaiser les différents. Ce procès à charge a sans doute au contraire accentué et entretenu le conflit.

3-   Les conditions sérieuses de succès sont-elles réunies ? NON D’une part des frappes ne changeront rien à la situation, d’autre part nous ne savons toujours pas gérer l’après conflit au Moyen Orient que nos diplomates et politiques appréhendent mal et souvent de façon très idéologique. La démocratie et l’unité sont une longue éducation.

4-   L’emploi des armes n’entraine-t-il pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer ? OUI l’exemple des printemps arabes l’a démontré. En outre le risque islamiste est indéniable.

L’intervention française en Syrie est donc illégitime, injuste et dangereuse. Il importe revanche de soutenir tout effort en faveur d’une reprise des négociations, qui ne se fera qu’en intégrant l’ensemble des parties en présence, dont la Russie et l’Iran.

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