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Lettre écologique n° 12 : « De la frugalité »

Dans un épisode rapporté par saint Matthieu, Jésus est qualifié de « glouton » alors que Jean Baptiste est critiqué pour son excès de frugalité (Mt 11, 18-19). Il semble en être ainsi des débats écologiques de notre époque. Pour préserver notre planète et les générations futures, devons-nous limiter notre consommation de biens matériels, ou plutôt développer les investissements dans la recherche de nouvelles techniques ?

De la frugalité heureuse à la frugalité par précaution

Le concept de « frugalité heureuse » rappelle celui de « sobriété heureuse », développé par Pierre Rabhi et repris par le pape François. Il a été accaparé par les auteurs d’un « ma­nifeste pour une frugalité heureuse et créative » [1], dont l’introduction explique : « Le temps presse. L’alarme sonne de tous côtés. Les rapports du GIEC confirment la responsabilité humaine dans le dérèglement global. » En se fondant sur des thèses alarmistes, ils plaident en quelque sorte pour une « frugalité par précaution ».

La sobriété : une vertu

L’encyclique Laudato si’ se tourne au contraire vers une « sobriété par choix », par choix libre : « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice […] Ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire ; car, en réalité ceux qui jouissent plus et vivent mieux chaque moment, sont ceux qui cessent de picorer ici et là en cherchant toujours ce qu’ils n’ont pas, et qui font l’expérience de ce qu’est valoriser chaque personne et chaque chose, en apprenant à entrer en contact et en sachant jouir des choses les plus simples. Ils ont ainsi moins de besoins insatisfaits, et sont moins fatigués et moins tourmentés. […] Le bonheur requiert de savoir limiter certains besoins qui nous abrutissent, en nous rendant ainsi disponibles aux multiples possibilités qu’offre la vie. » [2]

Il y a, dans cette approche, une anthropologie qui s’inscrit dans la tradition d’un Thomas d’Aquin : « La sobriété se rapporte à la sagesse. » [3] La sobriété est une expression de la vertu humaine de tempérance. [4] Il s’agit d’abord, dans le domaine de la morale personnelle, d’une disposition à faire le bien.


[1] A. Bornarel, D. Gauzin Muller, P. Madec, Manifeste pour une frugalité heureuse et créative, 2018.
[2] François, Laudato si’, 2015, § 223.
[3] Thomas d’Aquin, Somme théologique, II-IIae, q. 149, a. 1.
[4] Catéchisme de l’Église catholique, § 1809.

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