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Tenture de l'Apocalypse, Château d’Angers (détail).
Tenture de l'Apocalypse, Château d’Angers (détail). « Je vis monter de la mer une bête qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème » (Ap 13).

La grande illusion des messianismes temporels

[Texte paru dans la lettre écologique no 11.]

La plupart des programmes politiques brandissent la menace apocalyptique écologique. Chacun s’emploie à proposer des recettes, voire à imposer des conversions comportementales. L’utilisation de telles techniques se fait souvent au détriment de la vérité.

Comment croire les appels à des transitions écologiques forcées, dont on ne sait sur quoi ils sont fondés ni sur quel futur ils jettent des ponts ? Le salut annoncé fait supposer que l’adaptation de notre environnement et ses interactions internes seraient inexistantes, face à une humanité qui serait toute-puissante. Comme si cette résilience de notre planète dépendait d’une simple addition d’« éco-gestes » dérisoires. Ces appels ne cachent-ils pas d’au­tres intérêts, qu’ils soient malthusiens, économiques, phi­lo­sophiques ou politiques ?

On qualifie de messianique un mouvement religieux ou politique qui annonce un avenir meilleur fondé sur la « libération » de l’homme. La tentation est grande, pour les élites gouvernantes, de hâter l’avènement de la nouvelle société promise.

Nos dirigeants proposent des concepts de « bonheur national brut » ou d’« indice du bonheur mondial ». Fabrice Hadjadj nous met en garde : « Certains discours appellent à une société par­faite, et pour ce faire, méprisent les désirs d’autrui pour atteindre la perfection choisie. »

Ce mécanisme fonctionne d’autant mieux s’il s’appuie sur un terrain propice, la plupart du temps sur des situations de pauvreté matérielle ou de désarroi moral.

Un goût prononcé pour l’interdiction

Un des outils majeurs pour installer un messianisme consiste à asservir la personnalité des individus. La peur et le mensonge jouent ici un rôle majeur.

Un système totalitaire ne peut se maintenir durablement que si la majorité des personnes est incapable de définir ses propres buts. C’est pourquoi les systèmes totalitaires organisent la régression psychique des personnes qu’elles veulent dominer. Lorsque le système s’effondre, nombreux sont ceux, trop infantilisés, qui ne peuvent plus vivre sans ceux qui les ont asservis.

Par ailleurs, on constate en Occident une seconde dynamique consistant à ne pas permettre une construction psychique solide dans l’enfance : destruction des bases familiales, des apprentissages fondamentaux permettant la mise en place de capacités de pensée, asservissement aux écrans, addictions alimentaires, etc. Ainsi, le travail de formation intellectuelle et de développement psychique individuel sont des armes face au totalitarisme.

Des programmes sujets à caution

L’approche globale de l’écologisme contribue à construire un alarmisme démesuré, auquel les jeunes manifestants « pour le climat » se montrent particulièrement sensibles. L’ONU évoque, dans ses Objectifs du développement durable (ODD), l’idée que l’humanité aurait dépassé les neuf « limites planétaires » [1]. Mais les fondements scientifiques de telles limites sont loin d’être définitifs. Dès lors, les programmes politiques qui en découlent sont sujets à caution :

  • Réduction des émissions de dioxyde de carbone. Pourtant, les rapports du GIEC reconnaissent que « les probabilités objectives et subjectives ne sont pas toujours explicitement distinguées » [2]. Ne suffit-il pas de se préparer à remplacer le moment venu les énergies fossiles par de nouvelles technologies ?
  • Interdiction de certains gaz réfrigérants pour protéger la couche d’ozone, en 1985, par le Protocole de Montréal [3]. Pourtant, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) reconnaissait « l’incapacité des modèles (…) à reproduire l’ozone stratosphérique supérieur et les différences significatives parfois observées entre les modèles. (…) [Cela] sape notre confiance dans l’évaluation à long terme [4]. »
  • Réduction de la circulation automobile, au motif des effets des particules fines sur la mortalité. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît que « la connaissance définitive des sources ou caractéristiques des spécificités de particules fines (…) qui seraient en corrélation à long terme avec la mortalité fait défaut (…). Les preuves épidémiologiques empiriques n’existent pas de l’ampleur de la corrélation entre la mortalité et l’exposition à des doses élevées. » [5]

Là où des décisions écologiques punitives risquent de se mettre au service de pouvoirs de plus en plus liberticides, l’écologie subsidiaire [6] est une alternative pour rejoindre les préoccupations légitimes de chacun. Elle propose de donner la priorité à l’intelligence du cœur et à la responsabilité personnelle.


[1] W. Steffen et al., « Planetary Boundaries », Science, 2015.
[2] GIEC, AR5 GT2, § 2.6.2. (cf. Lettre écologique no 4, p. 4).
[3] Cf. Lettre écologique no 6, p. 2-3.
[4] WMO/UNEP, Scientific Assessment of Ozone Depletion: 1985, p. 18.
[5] Burnett et al., « An integrated risk function for estimating the global burden of disease attributable to ambient fine particulate matter exposure », Environmental Health Perspectives, 2014 (Introduction). Cité par WHO/Europe, Health risk assessment of air pollution, 2016.
[6] Cf. Lettre écologique no 9.

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