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L’amour dans le mariage est aussi une responsabilité sociale.

Si nous ne pouvons aimer sans responsabilité (voir à ce sujet l’article parut sur Cyrano.net), se peut-il alors qu’un amour vrai entre deux personnes puisse nuire à d’autres ? Et voilà bien le nœud délicat du « mariage pour tous ». L’amour engage les amoureux et leur entourage, voire plus. Or le mariage n’est pas la reconnaissance de l’amour, mais de la place de cet amour dans la société. Il y a un lien intrinsèque et bien plus fort entre le mariage et la société qu’entre l’amour et la société. Si aimer se construit au fil des actes d’amour posés par le truchement de ce verbe aimer, l’amour reste libre et aucune loi ne peut ni autoriser ni interdire d’aimer. Au mieux (ou au pire selon les cas) la loi forcera à respecter ou à proscrire, elle règlera les aspects extérieurs de la relation amoureuse, mais toujours dans sa dimension sociale, c’est-à-dire du vivre ensemble pour le bien de toute la société. Ce qui intéresse la société c’est que cet amour, non seulement ne perturbe pas le bien commun, mais soit également un bien pour tous. Au-delà de cela, la société n’a rien à voir, ni à faire de l’amour des uns et des autres. Le mariage sanctionne donc le rôle que la société entend donner à la dimension conjugale de l’amour.

Si nous allons plus loin, la société s’intéresse aux aspects extérieurs de l’amour. Ainsi, vivre ensemble pour un couple a un aspect social extérieur qui est sensé traduire l’acte intérieur d’aimer. Ce que la loi va régler ce n’est pas cet acte intérieur mais sa dimension sociale. Tant et si bien qu’il est possible d’être mariés sans amour. La société n’y trouvera rien à redire, sauf si ce mariage est forcé. Mais ce que dénoncera la loi n’est pas le manque d’amour, mais de liberté. De nos jours, et sans doute est-ce heureux (mais peut-être pas systématiquement), nos sociétés modernes tendent à faire coïncider, à fusionner amour, mariage et société. Aujourd’hui, dans notre civilisation, triomphe l’amour de deux êtres reconnus comme porteur de bien pour la société. Cette conception est incontestablement plus haute que la précédente, parce qu’elle repose sur la vérité profonde de la relation et non sa dimension extérieure. Chacun sait que vivre en vérité rend libre et heureux. Or un couple heureux porte plus de fruit autour de lui, ce qui du point de vue de la société est indéniablement un bien. Que la loi cherche à traduire cette adéquation entre mariage et amour est donc tout à fait de sa responsabilité.

Cependant le mariage ne peut être réduit à cette adéquation puisqu’il a des conséquences sociales. Entre donc dans l’équation, outre l’amour des deux conjoints, la responsabilité des fruits de cette union. Si la société donne aux époux des droits, c’est qu’elle se considère compétente dans l’octroi de ces droits. Or la compétence fondamentale de la société, par délégation de ses membres, c’est de veiller au bien de l’ensemble des membres qui la composent. Reconnaître une union matrimoniale, c’est l’inscrire dans l’espace public et lui donner, de ce fait, une place et donc aussi une responsabilité. Les droits ouverts par le mariage sont des moyens octroyés par la société pour que les époux puissent remplir leur rôle social au service du bien commun. Qu’ils remplissent cette tâche comme deux êtres cohabitant sans amour ou comme deux amoureux profondément heureux change assurément la qualité des fruits qu’ils porteront, mais pas leur responsabilité sociale. Si la loi interdit les mariages forcés, elle n’interdit pas les mariages sans amour, preuve s’il en est que le mariage reconnu par notre société n’est pas fondé sur l’amour réciproque des époux, mais sur leur responsabilité sociale. Rien n’empêcherait un jour de mettre l’amour comme condition du mariage. Encore faudrait-il pouvoir prouver et mesurer les sentiments réels. Mais cela voudrait dire que la société considérerait comme son bien qu’un mariage soit fondé sur l’amour. Se pose ici la délicate question de la liberté et du bien commun. Il est évident que le bien commun doit respecter la liberté des époux sans compromettre le bien de toute la société. Or l’amour ne peut qu’être un acte libre. Le mariage, s’il peut être un des nombreux actes d’amour, engage quoiqu’il en soit la liberté des époux. Comme il est possible de s’aimer sans se marier, la société ne peut que sanctionner la liberté de l’acte fondateur qu’est le mariage. Par cet acte fondateur les époux ne déclarent pas s’aimer, mais s’unir et s’aider mutuellement. Ils acceptent aussi cette reconnaissance sociale et les obligations qui y sont liées. Aujourd’hui comme hier, certains se marient uniquement pour les avantages sociaux et fiscaux du mariage. Cela ne remet pas en cause leur amour, mais beaucoup estiment ne pas avoir besoin de cela pour s’aimer. Ce qui est vrai jusqu’à un certain point, puisque le mariage induit une fidélité nécessaire au bonheur. Mais accepter ces avantages suppose donc de prendre aussi ses responsabilités.

Quelle est donc cette responsabilité sociale des époux ? Elle varie d’une société à l’autre selon la vision anthropologique que l’on a. La question de fond du mariage, du point de vue de la société, est de savoir ce que cette dernière en attend, puisque c’est elle qui le définit et l’intègre dans son corpus législatif, lequel a pour but de régler la vie commune. La question du « mariage pour tous » est donc à la croisée de la dimension la plus intime de la personne humaine et des fondements de notre société. Si cette dernière a pour vocation de promouvoir et défendre le bien de chacun au détriment d’aucun alors se pose la question fondamentale de ce qui est bon pour chacun. En d’autres termes, qu’est ce qui va épanouir l’Homme ? Voilà pourquoi nous ne pouvons légiférer sans avoir répondu à la question qui est l’Homme et donc de quoi a-t-il besoin pour être heureux ? Ce débat autour du « mariage pour tous » a été escamoté, interdisant toute question anthropologique. Même le slogan égalitariste ne repose sur aucune réflexion de fond. Egaux, certes, mais sur quelle base ? Avons-nous réellement réfléchi au modèle que l’on voulait « égaler » ? Non, car penser ce modèle c’est aussi poser la question homosexuelle rendue tabou par le bien-pensant et l’angélisme ambiant . Ce que propose le « mariage pour tous » n’est pas l’égalité avec le modèle dit « hétérosexuel », mais une parodie de l’image sociale qu’il renvoie. Le mariage, jusqu’à présent, protégeait les familles perçues comme une richesse pour la communauté dans son ensemble. Et c’est à ce titre qu’un engagement tacite réciproque était pris entre l’Etat représentant l’ensemble de la société et les époux. « Donnez à la nation la force vive de votre famille et la nation vous donnera les moyens de faire vivre dignement votre famille ». Dans ce pacte invisible était donc comprise la dignité de chaque membre de la famille, à commencer par l’enfant. Avec ce changement de la loi nous assistons à un renversement de la perspective même du mariage. Les époux ne s’engagent plus vis-à-vis de la nation, mais reçoivent d’elle les moyens de construire artificiellement une famille dans laquelle seuls les parents sont protégés, du moins au premier abord. L’enfant devient un objet acheté ou vendu, placé dans un cadre de vie qui compromet son plein épanouissement. Il est habituel d’objecter que de nombreux enfants n’ont pas de père, pas de mère etc. Certes, cela arrive, mais ce sont les aléas de la vie, qui n’est facile pour personne. Là il s’agit de créer une situation qui dès le départ est légalement injuste pour l’enfant. Injuste, car la justice c’est rendre ce qui est dû à qui cela est dû. Or, par nature, un enfant a droit à un père et une mère. La remise en cause de la nature est elle-même au cœur du débat anthropologique depuis la percée de l’idéologie du gender.

Cyril Brun, article paru dans, Homosexuel contre le mariage pour tous, JP Delaume-Myard, ed Duboiris, 2013

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