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POLITIQUE et BIEN COMMUN : Rechercher un point au delà de l’Horizon

 Texte de notre intervention lors du dernier dîner de l’Institut Montalembert

Le politique devrait être le lieu où les relations entre l’individuel et le collectif sont le mieux régulées. Or en démocratie, presque par construction, le politique donne toujours la priorité à l’intérêt collectif tel qu’il est supposé être exprimé par la majorité, et ceci bien souvent aux dépens de l’intérêt particulier.

Depuis Condorcet, nous savons qu’il est impossible de déterminer un intérêt collectif par simple addition d’intérêts individuels. Même avec l’aide d’une « main invisible », cela reste impossible.

Au delà de l’intérêt général, de l’intérêt collectif, voire de la raison d’état qui sont souvent invoqués et qui ne sont que des cache-misères de la démocratie, il faut faire appel au Bien Commun pour s’assurer du fonctionnement harmonieux d’une communauté. Or ce Bien Commun est malheureusement de plus en plus souvent invoqué sans que ceux qui l’invoquent ne sachent véritablement à quoi il renvoie.

D’après le Compendium, le Bien Commun est « un ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée »[1].

Définition assez compliquée mais qui reprend des éléments importants : social, groupe membres, perfection… Le Bien Commun ainsi défini repose donc sur trois composantes principales :

  • le respect de la personne en tant que telle.
  • la préoccupation pour le bien-être social et le développement de la communauté
  • la paix, avec un double volet, celui de la sécurité et celui de la durée.

Alors faisons un petit exercice et imaginons que nous sommes sur un bateau, au milieu de l’océan. Nous avons devant nous la ligne de l’horizon, horizon sur lequel tous les points sont a priori équivalents.

Si touts ces points sont équivalents, nous sommes très concrètement dans l’errance !

….sauf à ce qu’une raison particulière nous invite à choisir un point de l’horizon en particulier.

Quelle peut-être cette raison ?

La seule raison possible, c’est l’existence d’un point AU DELA DE L’HORIZON, invisible pour nous mais imaginable, donc un point de l’horizon que nous aurions choisi comme destination.

Cette destination commune a pour effet (1) de donner tout leur sens aux décisions qui sont prises par ceux qui commandent le bateau et (2) de rendre ces décisions immédiatement compréhensibles par tous dans leur contenu et dans leurs effets.

Je vous suggère simplement que cette destination qui nous permet de sortir de l’errance, ce soit le Bien Commun.

La question qui se pose alors, c’est de savoir comment cette définition peut-être transposée dans le réalité. Un certains nombre de commentaires peuvent être faits :

UN : Le Bien Commun est l’orientation que le  groupe et ses membres, ensemble, se choisissent en se mettant d’accord sur leurs valeurs et sur leur vision, dans le but de permettre à chacun et à tout le groupe de vivre en harmonie.

DEUX : Dans une communauté donnée, lorsque l’on doit régler des conflits entre des intérêts divergents, qu’ils soient collectifs ou individuels, il faut chercher, même si c’est difficile, un accord « en sortant par le haut ». C’est probablement dans cette direction que se trouve alors le Bien Commun.

TROIS : La référence au Bien Commun donne, à chacun et à tous, la certitude de travailler dans le même sens, dans la même direction. Ceci implique que chacun, ainsi que le groupe, ait déjà mené une réflexion sur le type de communauté qu’ils souhaitent former ensemble et quelle est la contribution souhaitable du groupe au Bien Commun des communautés de rang supérieur auxquelles le groupe appartient.

QUATRE : Le Bien Commun implique, d’une part, que chacun renonce en partie à ce qu’il pourrait considérer comme ses droits ou ses demandes légitimes pour ne pas faire obstacle à la poursuite par la communauté de son Bien Commun mais, d’autre part, le Bien Commun implique aussi que la communauté renonce en partie à son pouvoir d’imposer – voire par la force – ses décisions aux membres de la communauté et ceci par respect de l’intérêt, des droits et des demandes légitimes de chacun de ses membres. Autrement dit, le Bien Commun ne peut être atteint si l’intérêt d’un seul membre de la communauté est menacé.

CINQ : Le Bien Commun ne peut donc être atteint que si chacun accepte l’idée que le Bien de l’autre pourrait être le sien propre. Il exige une attention particulière et permanente au Bien de l’autre.

SIX : Le Bien Commun peut être envisagé au niveau de chaque communauté intermédiaire, dans le respect non seulement du Bien Commun de toutes les communautés intermédiaires auxquelles le groupe en question appartient mais également dans le respect du Bien Commun universel.

Le Bien Commun permet donc, à tout moment, de tenir compte de la réalité mais, paradoxalement, le Bien Commun reste un objectif que les êtres humains n’atteindront jamais parce que des forces divines seules leur permettraient de parvenir à un tel état de Bonheur. Le Bien Commun reste donc au delà de l’horizon et l’horizon s’éloigne toujours davantage lorsque l’on s’approche de lui. Mais il est nécessaire de définir cet objectif, cette destination au delà de l’horizon, faute de quoi nous serions incapable de privilégier un point de l’horizon et donc serions incapables de sortir de l’errance dans laquelle l’absence de point de destination nous condamne.

Le Bien Commun, en définitive, c’est du pur bon sens.

Enfin, il est important de noter qu’il est possible de commencer à tout moment de se mettre à la poursuite du Bien Commun, maintenant, là où nous sommes, dans la ou les communautés auxquelles nous appartenons.

[1] Compendium de la DSE 164

Antonin PUJOS

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