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Qu’est ce que le concept de « Post Vérité » ?

Et si la notion de « post-vérité » n’avait rien à voir avec le BREXIT ni avec Donald TRUMP ni avec toutes les formes émergentes de populisme ? C’est notre analyse !

Introduction :

« Post-vérité » : c’est le néologisme que le dictionnaire de l’université d’Oxford a choisi de nommer mot international de l’année. Cette notion est généralement associée aux affirmations fantaisistes et mensongères des soit disant « populistes » comme Donald TRUMP et à ceux qui ont voté pour ce nouveau courant politique, issus des classes populaires de la société occidentale.

Le dictionnaire de l’université d’Oxford annonçait donc que « post-vérité » était le mot qui, plus que tout autre, reflète « l’année qui vient de s’écouler ». Selon la définition du dictionnaire, on parle de « post-vérité » quand « les faits objectifs ont moins d’influence que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles pour modeler l’opinion publique ».

Les premières occurrences du mot apparaissent dès 1992, mais c’est en 2016 que ce concept s’est vraiment installé dans le monde Anglo-saxon avec le BREXIT et puis à nouveau, quand Donald TRUMP a obtenu l’investiture présidentielle du Parti républicain. Le concept depuis semble définir au mieux notre époque.

Les commentaires sur la notion de post-vérité, seraient un pur produit du populisme, le fruit de l’union entre des charlatans bas étage et une populace prête à s’enflammer. Enfin, la « post-vérité » est coupable de mépriser l’actualité.

Constat :

Mais, en réalité, la responsabilité de l’ère post-vérité revient aux professionnels des classes aisées BOBO qui ont préparé le terrain à son récent triomphe. Universitaires, journalistes, l’homme Tendance et traders : tous ont contribué à l’avènement de la « post-vérité » ; comme les politiciens de tous les tendances aujourd’hui gravement discrédités et contrariés par le succès du populisme.

Mais cette interprétation est coupable de mépriser les véritables origines de la « post-vérité », qui ne vient ni de ceux que les médias jugent sous-éduqués ni de leurs nouveaux champions. Au contraire, le renversement des valeurs qui a abouti à fustiger l’objectivité est le fait des universitaires, aidés par une foule de professionnels des classes moyennes. Libéraux avoués, le cœur à gauche, ils ont cherché à se libérer de la vérité donnée. À la place, ils ont construit une nouvelle forme de fermeture d’esprit : « la post-vérité ».

Il y a plus de 30 ans, les universitaires ont commencé à discréditer la « vérité » comme l’un des « grands récits » que les gens intelligents ne pouvaient plus croire. En lieu et place de « la vérité », qu’il fallait donc considérer comme naïve et/ou répressive, la nouvelle orthodoxie intellectuelle autorisait seulement l’usage des « vérités » – toujours plurielles, souvent personnalisées, inévitablement relativisées.

À partir de ce manifeste, les attitudes de défiance se sont rapidement répandues au sein de la société. Vers le milieu des années 1990, les journalistes emboîtaient le pas aux universitaires en rejetant l’« objectivité » comme rien de plus qu’une manie professionnelle. Les blogs sur les réseaux sociaux qui adhérent à l’objectivité comme principe structurant sont accusés de tromper le public et de se tromper eux-mêmes.

Le consensus professionnel permettait ainsi de prôner une version minimisée de la vérité, l’équivalent du relativisme académique. Le journalisme professionnel cherchait à se distinguer de la recherche soi-disant anachronique de la seule vérité vraie. Les journalistes ont adopté de manière définitive la « post-vérité » et l’on répandue dans toute la société.

Analyse :

Dans la seconde moitié des années 1990, l’image et le virtuel sont devenus le cœur de métier des « industries créatives ». De jeunes gens brillants ont généré une croissance rapide en créant un système de pensée mythique, fondé sur l’image et celle-ci est devenue beaucoup plus importante que l’activité banale de conception, de développement et de fabrication d’un produit. Tandis que la fabrication de produits manufacturés était sur le déclin, la finance et le numérique connaissaient une expansion spectaculaire. L’économie nationale a donc été reconfigurée autour de ce que les gens étaient prêts à croire – une sorte de définition de la vérité selon les marchés financiers. Dans les économies occidentales, ce système de gestion des perceptions et de culture de la promotion publicitaire a remplacé en grande partie les faits incontournables que représentaient les produits manufacturés.

On a vu aussi émerger un discours optimiste sur la « nouvelle économie », avec l’expansion des nouvelles technologies et d’Internet. Un discours fondé sur toute une génération de « travailleurs des économies créatives et de la connaissance » – qui gagnent leur vie grâce à leur ingéniosité. En se déplaçant inexorablement vers des notions intangibles, flottantes et à peine vérifiables, les jeunes tendances « startupers » et les jeunes financiers de la génération du millénaire ont été un tremplin vers la « post-vérité ».

Le domaine politique a connu des développements parallèles, alignés eux aussi sur la tendance à la « post-vérité ». Aux États-Unis, la fin du XXème siècle a vu la transformation de la politique en spectacle inclusif, réalisé dans une série d’expériences nationales partagées. En Europe, on assiste au même phénomène (voir « les primaires »).

Au tournant du siècle, les gouvernements occidentaux se préoccupaient déjà moins de « la vérité » que de façon dont « les vérités » pouvaient être détournées. Ceux que l’on nomme des « spin doctors » ont investi le devant de la scène. Les gouvernements se sont transformés en bureau de relations publiques. Les faits ont été relégués au second plan. Dans cette perspective, toutes les revendications sur la vérité sont relatives à la personne qui les fait ; en dehors de nos propres particularités, aucune position ne permet d’établir la vérité universelle. C’est l’un des principes fondamentaux du postmodernisme, un concept qui a pris son envol dans les années 1980. (Condition postmoderne : rapport sur le savoir de Jean-François Lyotard). Le postmodernisme a créé les fondations de l’ère « post-vérité ».

Pendant ce temps, l’art de gouverner était réduit à un rôle de gestion « fondé sur la seule technique » qui  a vu un processus de subdivision de la politique se mettre en place en a) expérience culturelle et b) système de gestion a apporté une double contribution à la construction sociale de la « post-vérité ». Les politiques, prenant les rôles de prêtres ou de stars de la pop dans leurs apparitions presque fantastiques, ont déplacé la politique plus loin de la vérité et plus près du royaume du virtuel. Pendant ce temps, dans les mains des gestionnaires, ce qui restait de la vérité – « les faits » – a été rapidement vu comme un outil de manipulation, et par conséquent largement discrédité – d’où l’hostilité croissante envers les experts.

Conclusion :

Toute la classe politique « dite de gouvernement », en occident, a ainsi préparé le terrain à l’avènement de la politique de la « post-vérité ». L’ironie de l’histoire, c’est qu’aujourd’hui certains de ceux-là ont été les premières victimes de sa réalisation. La « post-vérité » apparaît donc comme la dernière étape d’une logique établie de longue date dans l’histoire des idées, déjà exprimée par le virage culturel opéré par les professionnels des classes aisées (élites auto-proclamées) à la fin du XXe siècle.

Alors, pourquoi vouloir blâmer le populisme que cette société a fait émerger ? Peut-être sera-t-il utile pour revenir à une vie dans la vérité ?

Louis BOIS

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