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Pour une micro-économie de la sagesse

L’économie, nous l’oublions trop souvent, est une science composée. Depuis le XVIIIème siècle, elle tend toutefois à ne se développer qu’à partir d’une seule de ses composantes, la technique, oubliant l’autre pan intimement lié au précédent, la philosophie. J’aurais du reste tendance à considérer l’économie comme un des aspects de la philosophie, une sous-catégorie de l’éthique, pour ne pas dire de la morale quoique ce dernier terme soit plus adapté. Ce point de vue pourrait cependant paraitre excessif et il l’est par certains côtés, si l’on ne définit pas l’économie comme discipline anthropologique. Or à bien y regarder qu’est-ce que l’économie sinon un ensemble de faits résultants de l’activité humaine ou voulant organiser  celle-ci ? L’économie, comme science, prise indépendamment de la philosophie, étudie des mécanismes constatés ou établit des projections dans le but de perfectionner ces mêmes mécanismes qui ont pour objectif d’améliorer la vie des Hommes. L’économie, en tant que telle est donc l’ensemble des faits, des actes qui régissent la vie des Hommes en matière d’échanges, de transformation et de production. Il est possible d’affiner cette définition en précisant ses contours et ses mécanismes internes. Néanmoins, il s’agit bien de ces faits et actes qu’ils soient monnayés ou non.

Concrètement cela veut dire que l’économie est une expression de l’activité humaine en même temps qu’un aspect essentiel de son environnement.  En quoi nous pouvons dire que l’Homme est le centre de l’économie. Centre géographique, comme placé dans ce jardin économique ; centre névralgique comme acteur principal, quoique non exclusif de cette économie. Sur cet environnement que constitue le monde économique d’autres acteurs viennent se greffer sans pour autant être des acteurs conscients. Les lois naturelles ou les phénomènes climatiques ont leur part non négligeable. Mais il appartient à l’Homme de « faire avec » car lui pose des actes réfléchis. Aussi, cette technique visant à améliorer ces données naturelles sur lesquelles se fondent la relation et l’activité économiques est-elle éminemment philosophique puisqu’il s’agit rien moins que de savoir pourquoi ? Le « comment », bien que relevant de la technique découlera lui-même de ce « pourquoi » ?

Il est donc fondamentale (urgent ?) de faire de l’économie une discipline philosophique et plus précisément, une discipline éthique. Ainsi, nous pourrons assigner à l’économie sa véritable finalité et ordonner ses deux aspects en plaçant la technique en dépendance de la philosophie, c’est-à-dire de l’amour de la sagesse. La sagesse doit prévaloir sur la technique, ce qui veut donc dire aussi que la technique doit alimenter la sagesse. Car le propre de l’économie, comme discipline philosophique est d’être de la philosophie appliquée (le rêve de Platon) donc réaliste (le rêve d’Aristote)

L’économie, comme environnement (technique et naturel), comme activité humaine ou comme science peut donc être comprise comme recherche appliquée de la sagesse. En ce sens, l’économie dans ses trois composantes, environnement, activités humaines et science est donc un lieu, un moyen et une recherche d’épanouissement de l’Homme et donc de chaque homme. Ici se développe particulièrement le bien commun (comme environnement, activité et science) qui doit profiter, par définition à tout homme, mais aussi à tout l’Homme. Ce qui place bien l’économie dans l’ordre de l’anthropologie, c’est-à-dire de la connaissance de l’Homme et de ce qui est bon pour lui. Il revient donc à la science économique d’appliquer à l’environnement économique comme à l’activité économique la grille de lecture anthropologique qui repose sur deux piliers fondamentaux et inaliénables que sont : la dignité humaine et le bien commun.

La dignité humaine requiert la liberté d’agir laquelle suppose la responsabilité des acteurs. Il ne peut y avoir l’une sans l’autre et on ne peut espérer l’un et l’autre sans le droit fondamental à l’éducation (intellectuelle, spirituelle, technique), sans le droit et le devoir de travailler. Le bien commun suppose que cette commune dignité partagée soit effectivement partagée dans les faits et profite au développement intégral de tous, comme de l’ensemble. Autrement dit, le bien commun permet le développement de chaque homme et de la société.

Aussi, la sagesse économique se construit-elle en amont, par l’éducation à la vérité et à la liberté, elle se développe par la responsabilité de ses acteurs. La science économique, comme philosophie appliquée doit chercher parallèlement à responsabiliser et à libérer les acteurs économiques que nous sommes tous, comme producteurs et comme consommateurs.

Aujourd’hui, contrairement à l’idée généralement répandue, l’économie manque de liberté, précisément parce qu’elle manque de responsabilité. L’Etat, par une inflation législative boursoufflée contraint la liberté des acteurs économiques de tous niveaux ; par une démission de l’éducation il amoindrit la liberté personnelle des hommes et des femmes, seuls réels acteurs économiques. Ce manque de liberté, couplé à l’anonymat d’une mondialisation débridée du fait même de l’absence de sagesse économique, conduit à une totale déresponsabilisation des acteurs économiques. Ainsi, l’économie est-elle laissée à elle-même et bien souvent contraire au bien même de l’Homme, soit parce qu’elle l’avilit économiquement, socialement ou écologiquement, soit parce qu’elle le déshumanise en lui retirant sa liberté et sa responsabilité.

Il est donc urgent dans les moindres détails de l’économie (environnement, activité, science) d’œuvrer à restaurer cette dignité humaine qui seule permettra un bien commun véritable. Cela suppose une vision macro-économique, mais nous l’avons : passer progressivement d’une économie technique à une sagesse économique. Or ce passage peut se faire par un rétablissement sur le terrain de la dignité (donc de la liberté et de la responsabilité) de chaque être humain. Ce rétablissement doit être à l’œuvre dans la production, les RH, les contrats de travail, l’éthique des entreprises, l’éthique des productions, l’éradication des normes inutiles etc. Mais il ne suffit pas d’avoir un contrat de travail ou une législation qui respectent ou promeuvent la liberté et la responsabilité. Encore faut-il que les acteurs économiques soient éduqués à cette responsabilité et à cette liberté.

Si, à grande échelle l’Education Nationale est défaillante, rien n’interdit d’envisager que les entreprises pallient cette carence. Un personnel mieux éduqué, plus libre et responsable coûte moins cher que les pansements sur jambes de bois qu’il faut financer pour compenser leurs défaillances. Parce qu’en fait… être heureux coûte moins cher et même ça rapporte !

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