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Lettre Philo-Economique N°2 : Que penser honnêtement de la mondialisation ?

Les débats économiques opposent souvent en France les adversaires de la
mondialisation et les soutiens d’une « mondialisation heureuse ». Ce débat
englobe une bonne partie des discussions sur la construction européenne, à juste
titre puisque l’Union européenne est avant tout un effort pour créer un grand
marché européen. Les termes de ce faux dialogue doivent être critiqués. Leur
simplisme ne rend pas compte des différents niveaux de réflexion à mobiliser :
1) Une réflexion philosophique sur la neutralité de l’économie. Le philosophe
André Comte-Sponville écrivait il y a quelques années que les reproches faits à
l’économie venaient du fait que les mécanismes économiques ne tenaient pas
compte de la dimension morale : une entreprise régie par des principes moraux
ne peut tirer de ces principes un avantage déterminant dans la compétition
économique. La mondialisation ne peut répondre à l’aspiration de chacun à la
justice, puisqu’elle ne bénéficie pas nécessairement aux plus vertueux.
On peut aller plus loin : c’est une vérité de l’action humaine que certains
comportements qui paraissent blâmables peuvent servir de justes causes, tandis
que des intentions qui paraissent bonnes peuvent au contraire être guidées par
l’égoïsme. Dans ces conditions, on ne peut « moraliser » le marché, on ne peut
que « convertir » des personnes à une morale qui n’a rien à voir avec le marché.
Ce point était déjà bien analysé au début de l’ère chrétienne par Origène : « Si
l’on y réfléchit, on verra que ce qui est regardé comme bon peut être fait avec une
mauvaise intention, et vicié sous l’empire d’une passion ; quant à ce que l’on dit
impur, si l’on en use raisonnablement, il est possible de le compter comme pur. »
C’est un commentaire de l’Evangile de Marc, 7, où Jésus affirme que l’impureté
ne vient pas du dehors, mais du cœur de l’homme.
2) Une réflexion économique cherchant à évaluer l’impact de la mondialisation
sur les entreprises dans leur diversité. Naturellement, cette réflexion inclut une
réflexion sur le protectionnisme, particulièrement sensible puisque le libreéchange
a fait partie des principes affirmés en 1945 comme à la base du « monde
libre » qui venait de l’emporter sur les totalitarismes eux-mêmes fondés sur
l’économie dirigée et autarcique.
Il est bien admis aujourd’hui que le libre-échange n’est, ni en bien, ni en mal, un
absolu :
– certaines entreprises trouvent dans la présence à l’international une
protection contre les fluctuations de chaque marché national. Mais elles
perdent leur indépendance lorsque leur capital est majoritairement livré
aux fluctuations des bourses d’actions ;
– certaines entreprises peuvent être victimes d’accords de libre-échange
lorsque le cadre national ne leur permet pas de soutenir la concurrence
étrangère. Cette réalité vaut cependant aussi pour des entreprises peu
soumises à la concurrence internationale.
L’entreprise, si elle se développe dans le monde, doit pouvoir trouver des sources
de financement qui préservent son indépendance. Si elle reste sur un marché
local, c’est l’amélioration continue du cadre de son activité qui peut seule
préserver sa dynamique. Ces deux enjeux appellent deux politiques bien
distinctes qui ne se contredisent pas nécessairement !

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Léger MOISSAC

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