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L’esprit français d’entreprendre

Pour Geoffroy Roux de Bézieux, il faut retrouver l’esprit français qui s’est toujours caractérisé par le goût du risque. Interview pour le magazine LA BOUSSOLE

La BOUSSOLE

J’estime que les entreprises Française  comme les citoyens français doivent retrouver le goût du risque. Non pas pour faire des affaires mais bien plutôt pour retrouver le sens d’entreprendre qui a caractérisé la France dans son Histoire. Une grande entreprise se caractérise toujours par une grande prise de risque et nos prédécesseurs, dans notre grande histoire de l’entreprenariat en France, ont toujours fait preuve de cette qualité. Qu’il s’agisse des grands Explorateurs, des grands pionniers industriels du XIX et XXème siècle (aéronautique, automobile). Cette société du risque a bien existé pendant près de deux siècles mais elle est pour l’instant difficile à appréhender. C’est pourquoi j’appelle de toutes mes forces à retrouver cet esprit français qui nous a toujours commandé à prendre des risques. Car c’est bien en prenant des risques, en innovant et parfois en se trompant, que l’on peut créer de la richesse et de l’emploi.

Vous souhaitez refaire de la France un pays d’entrepreneur. Est-ce possible avec le contexte politique et économique actuel ?

D’un point de vue économique, c’est dans les moments de crise que l’on peut refaire un autre modèle. Donc oui c’est possible, c’est même indispensable aujourd’hui si nous voulons avoir une croissance durable. Sur la question politique, on n’est évidemment pas dans une situation optimale mais il y a des choses qui fonctionnent, des dossiers qui se montent, du capital-risque qui existe. Mais quand je dis cela, j’estime qu’être un entrepreneur, c’est plus large qu’un créateur d’entreprises. L’entrepreneur ne doit pas se réduire qu’au jargon de l’entreprise.

Dans le monde capitaliste qui est le nôtre, l’entrepreneur est un électron libre, un élément perturbateur indispensable, qui s’oppose au statu quo, au business as usual, qui bouscule les certitudes de ceux qui sont « installés », qui crée autour de lui un écosystème favorable, stimulant, à même de générer de la richesse.

 

Qu’entendez-vous comme Esprit français d’entreprendre ? Le Principe de la prise de risque versus le principe de précaution ?

 

L’échec fait partie intégrante du capitalisme que je défends : échouer, faire faillite, surtout quand on entraîne des collaborateurs avec soi n’est pas la face la plus acceptable ni la plus glorieuse du système, mais elle est indispensable au processus de sélection, lui-même nécessaire à la croissance.

La question centrale est donc de réhabiliter le risque en France, dont je rappelle qu’il est un des seuls états au monde à avoir inscrit le principe de précaution dans sa constitution. Notre crise moderne est bien là !

Le principe de précaution est à l’exact opposé de l’esprit d’entreprise. Cet esprit d’entreprendre a toujours fait partie de notre identité française et si nous sommes en crise aujourd’hui, c’est en partie à cause de notre aveuglement à ne pas le reconnaitre. Ce qui nous amène à réfléchir sur les notions des destins individuels face aux destins collectifs. Le risque de l’entrepreneur reste toujours un risque individuel, même si parfois il peut être pris à plusieurs. Face à ce risque se dresse le rempart de l’assurance qui, elle, demeure toujours collective. On ne peut évidemment ni décréter ni imposer le goût du risque. L’État peut et doit encourager et récompenser les éléments les plus dynamiques de la société, mais cela ne saurait suffire à créer une société entreprenante, car celle-ci comme toute société démocratique doit se nourrir d’un consensus chez les citoyens. Il faut donc arriver à convaincre nos concitoyens que le risque est intrinsèque à notre identité, ceci est décisif pour bien répondre à l’économie moderne, que les crises économiques ne sont pas une parenthèse mais au contraire inhérentes à un monde en bouleversement à la fois sur le plan géopolitique et sur le plan technologique. Bref, nous devons ré-accepter l’idée d’évoluer, comme nos ancêtres,  dans une « société du risque » selon l’expression du sociologue allemand Ulrich Beck.

De ce monde en ébullition, il faut à la fois accepter l’incertitude et tirer parti en utilisant au mieux les éléments moteurs de la société. C’est donc bien un débat sur notre destin collectif de français que nous devons ouvrir. Les Américains ont choisi de n’avoir comme destin collectif que la somme de leurs destins individuels, avec toutes les conséquences sociales que l’on connait. Les Chinois ont « choisi » de n’avoir qu’un destin collectif, même si on peut raisonnablement se demander si ce système de capitalisme non-démocratique peut perdurer au-delà d’une génération. Et nous, les Français ? Qu’avons-nous décidé ? Devrions-nous restés dans la précaution ? Ou allons-nous retrouver nos  esprits et particulièrement l’esprit français d’entreprendre !

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