Accueil » Economie-Entreprise » Dossier/ gestion du fait religieux en entreprise

Dossier/ gestion du fait religieux en entreprise

Aujourd’hui, les mots sont souvent biaisés et un langage toujours plus approximatif conduit à maints amalgames sources de faux problèmes et d’inutiles conflits. Aborder une question si sensible que le « fait religieux » dans l’entreprise suppose au minimum d’adopter le même langage pour savoir de quoi nous parlons. Comme bien souvent, préciser un tel sujet ouvre un vaste champ de réponses à une question qui au fond, en temps ordinaires, n’empêche pas nos entreprises de « tourner », mais qui demande une attention particulière parce qu’avant d’être une question d’entreprise et de société, elle est une affaire d’hommes et de femmes. Nous devons nous interroger sur les causes de l’irruption de ce « fait » en entreprise aujourd’hui, avant de donner des orientations sur la manière de le gérer en entreprise. Ce qui implique un minimum de formation : d’où l’idée lancée par l’IEPM de mettre au point un modèle de séminaire-type sur le mangement de ce « fait religieux», sans le noyer dans des considérations trop générales sur la « diversité » en entreprise.

 

Résumé

Dans nos pays développés, la « laicité » est  naturelle et en général les salariés  comprennent spontanément de quoi il s’agit : depuis longtemps, la discrétion sur leurs convictions religieuses en entreprise est acceptée sans discussion, en vue de la bonne marche de celle-ci. Pourquoi ? Parce que la distinction des domaines  temporel et spirituel, qui est une grande conquête de la chrétienté issue de la vision judéo-chrétienne du monde (« rendez à César » ….), fait partie de notre culture, que nous soyons croyants ou incroyants.

Les séminaires de formation à la gestion du fait religieux en entreprise dont nous prônons le lancement se placent sur un plan neutre et global : il s’agit en principe de tout fait religieux, quelle que soit la religion en cause, que la manifestation de ce fait concerne le vêtement, l’alimentation, ou les demandes de congés pour certaines fêtes. Cependant, l’accent sera mis sur le fait religieux musulman en entreprise.

L’élément nouveau de ces dernières années est en effet, non pas  la présence importante dans les entreprises françaises des salariés musulmans – qui sont à 80% des personnes de culture musulmane et non de pratique religieuse musulmane – , mais le changement culturel et religieux  intervenu, disons dans les 20 dernières années,  parmi les 20% de salariés musulmans restants[1], c’est-à-dire parmi la population musulmane jeune habitant en France , de nationalité française ou étrangère – qui, souvent  par réaction, disent certains, contre les  scandales moraux que l’on constate dans nos pays (irrespect de la femme, publicités provocantes, propagande « laiciste » contre tout sentiment religieux,  etc…) – sont revenus à une  pratique religieuse et à la confusion du temporel et du spirituel caractéristique  de l’islam, même modéré (nous excluons ici le cas des islamistes violents), et qui souhaitent légitimement ne pas être empêchés d’extérioriser leurs convictions religieuses en entreprise, dans la mesure compatible avec le fonctionnement normal de celle-ci.

Les revendications des salariés musulmans sur le temps de prière, les lieux de prières, les congés et horaires spéciaux pour le ramadan, pour certaines fêtes, etc…, qu’elles soient implicites ou explicites, sont inéluctables et connaturelles  à l’islam. L’islam n’est en effet pas seulement une religion : c’est une façon de voir le monde et de vivre. Si nous voulons vivre ensemble au mieux des intérêts de l’entreprise, il faut en tenir compte. Comment ? C’est toute la question.

Disons-le sans ambages : l’orientation que nous préconisons est celle d’une « laicité  ouverte », dont nous essaierons de dégager les grandes lignes, lesquelles seront adaptées à la culture propre de chaque entreprise., et appliquées de façon non discriminatoire à l’ensemble du personnel, donc couchées par écrit – par exemple dans un règlement intérieur – .

 

FaitReligieuxEnEntrepriseCommentGérer



[1] Chiffre cité lors de réunions ASTER-IEPM des 19  février et 25 septembre 2013 par Mme Fatima Achouri, auteur de l’ouvrage intitulé « Le salarié  musulman en France : réalités et perspectives », éd. Michalon, oct. 2013. Ce chiffre moyen de 20% de musulmans pratiquants  en entreprise est corroboré par l’enquête pour 2014 de l’Institut Randstad et l’Observatoire du fait religieux en entreprise : 12% de faits religieux sont observés régulièrement,  32% de faits religieux occasionnellement. En revanche, les résultats sont très différents par tranche d’âge sur l’ensemble de la population de confession musulmane : selon l’IFOP  (études de 2010 et 2011, cités par Mme Achouri, interview dans Entreprise & Carrières, 19-25 nov. 2013, p. 30-31), 48% des jeunes musulmans de moins de 34 ans seraient pratiquants.

Check Also

Lettre philo-économique IEPM N°5

En réponse à la crise de Gilets jaunes, la lettre philo-économique n°5 souligne que l’initiative …