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Jb 19, 1
« De ma gloire il m’a dépouillé, il a enlevé la couronne de ma tête. Il me ruine de toutes parts, et je m’en vais ; il déracine, comme un arbre, mon espérance. (...) Mais je sais, moi, que mon rédempteur est vivant, que, le dernier, il se lèvera sur la poussière ; et quand bien même on m’arracherait la peau, de ma chair je verrai Dieu. » (Jb 19). Illustration Jim Padgett, CC-BY-SA 3.0.

Écologie et rétribution : petit parcours biblique

Les petits gestes écologiques, que nous espérons voir rétribués sur cette Terre, nous ramènent à la foi de l’Ancien Testament.


par Benoît H. Perrin.
Texte paru dans la Lettre écologique n° 2 de l’Institut Montalembert.


La sagesse empirique enseigne l’existence d’une forme de justice immanente. Celui qui sème moissonne, celui qui aide son prochain se verra rendre la pareille.

Dans une perspective de foi, la notion correspondante est celle de la rétribution divine :

Celui qui observe ton âme, il sait, lui ; il rendra à chacun selon ses actes.

Pr 24, 12

Thomas Römer, dans Dieu obscur, explique cette notion :

L’idée de la rétribution rassure, puisqu’elle semble rendre Dieu et le monde compréhensibles. Cette conception n’est d’ailleurs nullement limitée à l’époque vétéro­testa­men­taire ; dans le Nouveau Testament,  elle apparaît bien établie lorsque les disciples questionnent Jésus au sujet d’un aveugle : “Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ?” (Jn 9, 2)

Dans la théologie deutéronomiste, la rétribution est collective, différée, et strictement terrestre. Ainsi, quand Samuel défie Dieu en initiant un recensement, c’est au peuple que le châtiment sera adressé (cf. 2 S 24). Avec Ezéchiel, la rétribution devient individuelle et immédiate, mais reste strictement terrestre (cf. Ez 18).

La crise du concept de rétribution

Mais que faire quand la réalité vient contredire cette vision du monde ? Le concept de rétribution se fissure alors avec Job. Cet homme juste est frappé par le malheur, sans qu’aucune explication ne puisse en être donnée. Face à cette apparente injustice, il laisse éclater  sa colère contre Dieu dans un long et magnifique poème :

Est-ce un bien pour toi d’opprimer, de renier l’œuvre de tes mains et de favoriser les intrigues des méchants ?

Jb 10, 3

Au jour du désastre, le méchant est épargné ; au jour de la fureur, il en réchappe.

Jb 21, 30

C’est ensuite le livre de l’Ecclésiaste qui reprend ce constat des limites de la justice rétributive :

Encore un fait, une autre vanité sur la terre : des justes sont traités comme s’ils avaient agi en méchants, et des méchants sont traités comme s’ils avaient agi en justes. Je dis qu’il n’y a là que vanité.

Qo 8, 14

Sacrifices païens ?

Aujourd’hui encore, nous voudrions que nos bonnes actions écologiques soient rétribuées par un Dieu calculateur, par l’intermédiaire de sa Création. Que notre alimentation « bio » ajoute quelques années à notre vie. Que notre tri sélectif consciencieux améliore l’air que nous respirons. Que la lumière que nous éteignons empêche Paris d’être inondée.

Mais la récompense de nos mérites ne sera pas toujours terrestre. Si j’habite en France et que je prends une douche au lieu d’un bain, l’eau « économisée » ne sera utilisée par personne. Je ne fais donc ici que travailler ma vertu de tempérance. Les sacrifices néo-païens que constituent ces petits gestes écologiques sont-ils toujours aussi utiles qu’on le pense ?

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