Accueil » Billets » Mondialisation de l’indifférence

Mondialisation de l’indifférence

Que recouvre l’expression “mondialisation de l’indifférence”, employée par le Pape François, dans son message pour le Carême 2015 (4 octobre 2014) ?

Dans ce court message, l’expression revient trois fois, mais le terme “indifférence” revient dix-neuf fois. Cette parole adressée en premier lieu aux catholiques, semble avoir plus une dimension morale que politique, et serait à ranger, comme toute bonne parole du Pape, dans la sphère du “privé”, voire du for interne. Ne s’inscrit-elle pas dans une démarche de conversion personnelle : “il arrive que, quand nous allons bien et nous sentons à l’aise, nous oublions sûrement de penser aux autres (ce que Dieu le Père ne fait jamais), nous ne nous intéressons plus à leurs problèmes, à leurs souffrances et aux injustices qu’ils subissent… alors notre cœur tombe dans l’indifférence : alors que je vais relativement bien et que je suis à l’aise, j’oublie ceux qui ne vont pas bien[1] ?

Néanmoins, l’expression “mondialisation de l’indifférence” nous intéresse à plusieurs titres. D’une part, le terme d’indifférence nous place d’emblée dans une relation à autrui, dans la famille, dans l’entreprise, dans la cité… D’autre part, nous savons que la qualité de la vie politique repose sur la qualité morale des personnes. Enfin, par le terme de mondialisation, nous sommes interrogés sur ce qui peut provoquer l’ampleur de cette attitude égoïste dénoncée par le Souverain Pontife.

Si le thème de l’indifférence, développée par le Pape François, renvoie à une attitude personnelle, nous pouvons cependant rapprocher l’expression “mondialisation de l’indifférence” de la réflexion du Pape Jean-Paul II lorsqu’il parlait de “structure de péché”. Il montrait par là la dimension politique de la responsabilité personnelle.

“Il s’agit de péchés tout à fait personnels de la part de ceux qui suscitent ou favorisent l’iniquité, voire l’exploitent ; de la part de ceux qui, bien que disposant du pouvoir de faire quelque chose pour éviter, éliminer ou au moins limiter certains maux sociaux, omettent de le faire par incurie, par peur et complaisance devant la loi du silence, par complicité masquée ou par indifférence ; de la part de ceux qui cherchent refuge dans la prétendue impossibilité de changer le monde ; et aussi de la part de ceux qui veulent s’épargner l’effort ou le sacrifice en prenant prétexte de motifs d’ordre supérieur. Les vraies responsabilités sont donc celles des personnes. Une situation – et de même une institution, une structure, une société – n’est pas, par elle-même, sujet d’actes moraux ; c’est pourquoi elle ne peut être, par elle-même, bonne ou mauvaise»[2].

Le schéma se dessine : de la responsabilité individuelle à la structure sociale, et de la structure sociale au comportement collectif. La “mondialisation de l’indifférence” apparaît ainsi comme un comportement consécutif aux  structures politiques et économiques viciées. Derrière la simplicité de l’expression du Pape François, il y a donc une réflexion politique à engager : comment les institutions, les lois, consacrent-elles certains comportements personnels en “structures de péchés” ? Comment, à leur tour, ces institutions et ces lois engendrent-elles une “mondialisation de l’indifférence” ?

Au-delà d’une réflexion personnelle, c’est la poursuite du Bien Commun politique respectueux de la dignité de la personne humaine qui est en jeu dans l’emploi de ces expressions. C’est aussi au sens du courage des chrétiens dans l’ordre de l’engagement politique que peut faire appel le Pape François. Le cancer de l’égoïsme économique et du carriérisme politique ne peuvent servir longtemps le Bien Commun. Aux chrétiens de montrer, par leur engagements en politique qu’une Cité Politique ne peut être une “Cité de l’indifférence”.

                                                                                                                                                                                                                       Tom d’Acq



[2] Pape Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Reconciliatio et Paenitentia, 2 décembre 1984, n°65

Check Also

START-UP NATION Projet de loi pour Notre-Dame : cette obsession du temps court qui plombe notre avenir

Par Bertrand VERGELY, expert associé  » Le 15 Avril dernier, lorsque Notre-Dame a brûlé, pendant …