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Le Chrétien face à la Guerre / Dossier de l’IEPM

 

La Bible dit : ‘Tu ne tueras pas’ alors que Le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC) admet, quant à lui, la peine de mort, mais avec de nombreuses réserves dans le domaine de l’application (CEC 2267). Y aurait-il contradiction ? La question de la guerre, toutefois, n’est pas seulement une question de vie ou de mort, mais de dignité de la personne humaine et fondamentalement de paix.

Si vis pacem para bellum

La paix est le cœur du problème. Elle vise, par définition, la préservation des vies.

Dans la Bible, la paix a trois significations :

–          Elle est souvent liée à l’idée de Création : malgré le péché originel, la création est faite pour être perçue dans la paix.

–          En outre, l’Ancien Testament (AT) rattache la paix à l’Alliance. Or l’alliance exclut la destruction de l’être aimé. C’est la finale du déluge (Gn 9,11) : « Tout ce qui est ne sera plus détruit ». Cette assurance est réaffirmée dans l’Ecclésiastique : « Des alliances éternelles furent établies en lui afin qu’aucune chair ne fût plus anéantie par le déluge » (Si 44, 18).  L’homme ne peut donc authentifier l’amour de Dieu qu’en reconnaissant dans ses semblables des visages conçus à l’image de Dieu. C’est tout le fondement du décalogue et des lois du Lévitique sur l’accueil de l’autre, de l’étranger et la notion de fraternité.

–          Enfin, dans l’ordre messianique, le Christ sait l’homme pécheur, mais Il est venu annoncer une ère définitive de réconciliation, d’amour, symbolisée par le Royaume de Dieu. C’est bien cette paix que le Christ nous livre.

Fondamentalement, la paix n’est pas la simple absence de combat, elle est une stabilité dans  le repos de la jouissance du bien. Lequel bien est, pour l’homme, ultimement le Royaume. Or, depuis la mort et la résurrection du Christ, le Royaume de Dieu est en marche dans l’humanité. Ainsi, lorsque des hommes travaillent à mieux se connaître, se comprendre et s’aimer, ils font l’œuvre de Dieu. C’est bien cette construction de la fraternité qui donne la stabilité fondée sur l’amour mutuel qui est en jeu et dont Paul VI dénonce la carence dans Populorum Progressio : « Le monde est malade. Son mal réside moins dans la stérilisation des ressources ou leur accaparement par quelques-uns que dans le manque de fraternité entre les hommes et entre les peuples » (PP. 66).

La question de la Paix et donc de la guerre se trouve d’abord essentiellement (au sens philosophique) à ce niveau élémentaire du lien entre les hommes. C’est encore ce que souligne Benoît XVI dans les premiers chapitres de Caritas in veritate.

Par sa mort et sa résurrection, le Christ nous ouvre une perspective de vie plénière et de paix.  Et c’est bien sur les fondements de l’héritage qu’il nous laisse que nous devons considérer la paix et la guerre. Si, in fine, la paix c’est le Royaume, tout ce qui pousse hors du Royaume ou lui est étranger est un état de non paix. Cela signifie-t-il que c’est un état de guerre ? Si ‘guerre’ est pris comme contraire de paix, alors oui. L’instabilité, l’insécurité, l’incertitude constituent un état intermédiaire entre la paix et la guerre. État considéré comme paix instable ou guerre froide, selon le degré d’instabilité et de tension.

La véritable paix consiste donc dans la jouissance du Royaume. Tant que nous ne sommes pas dans cette jouissance, nous sommes en état de combat. Combat pour construire le Royaume, le défendre ou le promouvoir. Or qu’est-ce que le Royaume, sinon l’héritage promis par la croix du Christ, c’est-à-dire l’homme libre uni à son Père ? Voilà la paix qui, seule, peut être stable et conduire à une fraternité authentique. C’est ce que l’on a appelé la civilisation de l’amour. Ce n’est en rien, la mielleuse et très édulcorée culture du ‘tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil’.

Alors avant de condamner la guerre et de confondre paix avec arrêt des hostilités, ou absence de conflits ouverts, il peut être bon de se rappeler que promouvoir la paix, c’est promouvoir l’homme debout, la face tournée vers le Père. Ne nous faisons pas d’illusions, toute paix sera instable, tant qu’elle ne reposera pas sur le Bien Commun. Cela nous donne déjà une première idée de ce que peut être la guerre dite juste.

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