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COVID 19 : Comment résister dans l’épreuve ?

On observe avec acuité comment notre monde interconnecté a basculé avec difficulté dans celui du confinement. On perçoit ainsi la fragilité de nos sociétés  profondément ébranlées par la contingence, celle d’un virus si imprévisible. Dans l’incertitude de cette circonstance notre seule responsabilité c’est de rester profondément humain, en se soutenant et en encourageant nos «soignants », cette communauté, aujourd’hui, à l’avant-garde de notre humanité. 

« Voici comment, dans les difficultés, on apprend à vaincre notre inquiétude face à l’incertitude : C’est une présence réconfortante, et non nos stratégies, notre intelligence, notre courage, qui mobilise et soutient la vie de chacun de nous ». 

Encouragé par de nombreux messages d’invitation à « ouvrir une nouvelle phase, attentive, sérieuse et responsable, pour affronter l’urgence sanitaire et en sortir » je me permets de proposer cette contribution à la réflexion.

Nous vivons souvent comme dans une bulle, dans laquelle nous nous sentons à l’abri des coups de la vie. Nous pouvons ainsi nous permettre d’avancer distraits, en faisant comme si nous contrôlions tout. Mais parfois, les circonstances bousculent nos plans et nous appellent brusquement à répondre, à prendre au sérieux notre personne, à nous interroger sur notre situation existentielle effective. Ces dernières semaines, la réalité a secoué notre vie habituelle plus ou moins tranquille sous les traits menaçants du Covid-19, nouveau virus qui a provoqué une situation d’urgence sanitaire internationale. Paradoxalement toutefois, ces mêmes défis que la réalité ne nous épargne pas, peuvent devenir nos plus grands alliés, en nous forçant à regarder plus en profondeur notre existence humaine. Dans des situations imprévisibles comme celle que nous vivons actuellement, nous sommes en effet tirer de notre torpeur, arrachés de la zone de confort dans laquelle nous étions commodément installés, pour partager le fruit de notre réflexion  personnelle ou collective , la conscience de nous-mêmes que nous avons acquise, la capacité ou l’incapacité à affronter la vie que nous avons entre les mains. Nos petites et grandes idéologies, nos convictions, y compris religieuses, sont mises à l’épreuve. La carapace des fausses sécurités révèle ses failles. Chacun, sans distinction, est concerné et comprend mieux qui il est.

C’est dans ces occasions que l’on comprend que la force d’un individu réside dans l’intensité de sa conscience de lui-même, dans la clarté avec laquelle il se perçoit lui-même et reconnaît ce pour quoi il vaut la peine de vivre. En effet, l’ennemi à combattre n’est pas tant le coronavirus que notre angoisse. Une angoisse que nous percevons en permanence, mais qui éclate quand la réalité met à nu notre impuissance existentielle, en prenant souvent le dessus et en nous amenant parfois à réagir de manière surprenante, à nous fermer, à déserter tout contact avec les autres pour éviter la contagion, à faire des réserves « au cas où », ou à refuser toutes les mesures « barrières » et le respect du confinement.

 Ces jours-ci, nous avons assisté à la fois à la diffusion de l’irrationalité, individuelle et collective, et aux tentatives de se protéger par des propositions qui visent à sortir de cette situation le plus rapidement possible. Chacun pourra dire, en observant ce qu’il voit se produire en lui et autour de lui, quelles tentatives sont en mesure d’affronter la circonstance actuelle et de vaincre son angoisse, et lesquelles l’aggravent au contraire.

Telle est la valeur de toute crise majeure, comme l’enseigne Hannah Arendt : « Elle nous force à revenir aux questions », elle fait émerger notre personnalité dans toute son exigence de sens. Il existe un lien profond entre notre rapport avec la réalité et notre auto-conscience d’hommes. L’interrogation qui émerge en ce moment, plus puissante que toute autre est : Qu’est-ce qui peut vaincre notre inquiétude face à l’incertitude ?

L’expérience la plus élémentaire dont nous disposions à ce sujet est sans doute celle de l’enfant. Qu’est-ce qui vainc la peur chez un enfant ? La présence de sa mère. Cette « méthode » vaut aussi pour nous tous. C’est une présence, et non nos stratégies, notre intelligence, notre courage, qui mobilise et soutient la vie de chacun de nous. Mais demandons-nous : quelle présence est à même de vaincre la peur profonde, celle qui nous tenaille au fond de notre être ? Pas une présence quelconque mais celle réconfortante  d’hommes et de femmes inspirés et habités d’une conscience profonde de ce qu’est le Bien Commun. Des personnes dans lesquelles se révèle la certitude, une présence réelle et contemporaine, une nouvelle manière d’affronter les circonstances, pleine d’une espérance et d’une joie, normalement inconnues et en même temps d’une attention à agir sans trêve. 

Plus que tout discours rassurant ou toute recette morale, ce dont nous avons besoin est donc de croiser des personnes en qui nous pouvons voir incarnée l’expérience de cette victoire, l’existence d’une signification à la hauteur des défis de la vie. Il n’y a rien de plus facile : dans des moments comme celui que nous vivons, quand la frayeur domine, de telles personnes sont si rares qu’on les remarque immédiatement. 

Ce n’est que lorsque domine une espérance fondée que nous sommes capables d’affronter les circonstances sans fuir, d’ouvrir vraiment grande notre raison, pour pouvoir établir un rapport rationnel et équilibré avec le danger et le risque, et même utiliser notre inquiétude (dans son sens le plus immédiat et le plus compréhensible) comme instrument de travail. Autrement, nous finirons par réagir de manière convulsive ou par tout voir à travers le trou de la serrure de notre mesure rationaliste, qui, en fin de comptes, est totalement incapable de nous libérer de la peur ( et de la haine qu’elle engendre) et de relancer la vie.

Alors, sans doute, aucune mission n’est plus décisive que celle de repérer et soutenir ces présences dans lesquelles on peut voir à l’œuvre une expérience de victoire sur la peur et de recherche du Bien Commun. Nous devront à la sortie de cette crise réaliser un grand exercice de retour d’expérience collectivement, pour les identifier et capitaliser sur leurs engagements exemplaires et ainsi refonder notre société.

Sans attendre ce moment , nous pouvons, déjà chaque soir à 20h , applaudir le personnel « soignant »  et les remercier à chaque occasion là où nous les rencontrons. C’est à partir de cette gratitude que nous pourrons repartir plus aisément, en nous réveillant du cauchemar dans lequel nous avons basculé, en reconstituant pièce par pièce un tissu social où le soupçon et la crainte du contact avec l’autre n’ont pas le dernier mot. L’économie elle-même pourra ainsi reprendre un nouveau souffle, plus humain.


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