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COVID 19 : Retour à un vrai humanisme 1

L’homme vivant Par Bertrand VERGELY

Nous vivons une crise de la politique et de la société. Rien d’étonnant à cela. Ce n’est pas l’homme vivant, éveillé qui nous guide mais l’homme endormi et ignorant. Il est possible de sortir de cette crise et de retrouver l’homme vivant, éveillé. Pour le comprendre, je reviendrai  sur le sens profond de la politique, la crise de l’humanisme aujourd’hui, l’apport de Vaclav Havel avec son écrit Le pouvoir des sans pouvoirs enfin le sens de l’homme vivant. 

Le sens de la politique. 

     Il y a deux façons de considérer la politique et de faire de la politique, la façon courante et la façon éclairée. 

     La façon courante de faire de la politique est la façon matérialiste et athée. Elle repose sur trois éléments : un présupposé fondamental, un mode d’action lié à ce présupposé et une idéologie comme conséquence de ce présupposé.

     Le présupposé fondamental est celui-ci. Dans un monde où tout est exclusivement matériel, Dieu n’existant pas, l’homme doit être considéré comme un animal. Comme l’animal, il obéit à la séduction et à l’intimidation. Il faut avoir. Quand on le sait, on peut le conditionner afin de le mener où l’on veut. Diriger les hommes, les gouverner, c’est les traiter ainsi, comme des animaux. 

     Cette façon de gouverner ainsi a été celle des tyrans à Athènes et à Rome, lesquels ont suivi les conseils des sophistes. À Rome, souvenons nous, pour diriger le peuple le mot d’ordre était Panes et circenses, du pain et des jeux ! Cette vision animalière de la politique,  on la trouve chez Machiavel pour qui la réalité se ramenant à la nature et la nature à la guerre, la politique se ramène exclusivement à la guerre.  Elle a été celle d’Hitler, du communisme et de tous les régimes totalitaires. C’est celle qui est actuellement en vigueur à travers la propagande idéologique qui a cours dans les réseaux sociaux et les médias, lesquels véhiculent l’idéologie du politiquement correct à l’aide de l’intimidation.  

     Le mode d’action lié à ce présupposé repose sur trois éléments : le relativisme, le mécanisme et l’opportunisme.  Priorité numéro un de la politique courante : éliminer toute morale de la vie politique et pour cela faire la chasse à tout ce qui pourrait ressembler à un présupposé spirituel, transcendant et moral.  Quelqu’un avance-t-il l’idée d’un présupposé spirituel, moral ou transcendant ? On lui ferme immédiatement l’accès à la pensée et à la parole en le ramenant à ce qui se fait, ce qui plaît et ce qui marche. Ainsi, on veut être moral en politique ? Pour fermer la bouche du malheureux qui a osé prononcer ce terme obscène on lui fait remarquer que le contraire se fait que ça marche et que ça plaît. Dans le premier livre de La République, c’est exactement ce que Thrasymaque explique à Socrate. une fois la morale mise par terre par le relativisme, on eut passer à la deuxième étape à savoir le mécanisme. Si, pour diriger l’être humain comme on le veut, il importe d’en faire animal, pour diriger la vie comme on veut il importe de la ramener à un mécanisme sur la base d’un raisonnement simple : en mécanique tout se compose, se décompose et se recompose.  Pour la vie, il en va de même. Tout doit se composer, se décomposer et se recomposer. Il y a un intérêt à cela. Imaginons que le monde devienne une machine où tout se compose, se décompose et se recompose tout seul. Tout se met à marcher tout seul de façon automatique. On est dans un monde idéal. Quand on est dan un monde humain où pour diriger, il faut que la volonté de celui qui commande s’affronte à la volonté de ceux qui obéissent, les choses sont difficiles. Rien n’est simple. Ramenons le monde des hommes à la machine. Finies les contraintes provoquées par la volonté individuelle. 

     Dans ce monde sans morale et sans conscience, il devient alors possible de passer à la troisième étape, l’opportunisme. Il devient  possible de faire ce que l’on veut en se saisissant des occasions qui se présentent afin de composer avec elles au mieux de ses propres intérêts. 

     Le résultat de cette vision fondée sur le relativisme, le mécanisme et l’opportunisme se traduit par l’idéologie dominante à savoir le fatalisme, le pragmatisme et l’utilitarisme.   Le fatalisme. Vivons dans un monde où la matérialité, l’animalité et la force dominent. On en vient fatalement à penser que, pour l’emporter dans ce monde et le dominer il n’y a qu’une solution : la matérialité, l’animalité et la force. De sorte qu’un cercle vicieux s’en suit : la matérialité, l’animalité et la force se mettent à appeler sans fin la matérialité, l’animalité et la force afin de lutter contre la matérialité, l’animalité et la force. Dans ce fatalisme, tout étant enchaîné à la matérialité, l’animalité et à la force, il n’y a qu’une seule solution ; le pragmatisme, c’est-à-dire la justification de l’adaptation à un monde aveugle au nom du réalisme. Le non-être étant devenu l’être, on donne l’impression d’être dans l’être en étant dans le non-être. 

     Il y a la politique courante, celle décrite par Machiavel, celle de la lutte pour le pouvoir à travers les manoeuvres politiciennes, politiques, sociales, médiatiques, culturelles et idéologiques. Il y a toutefois une autre politique possible, la politique éclairée.  Il s’agit d’une contre-politique, d’une anti-politique. Reposant sur trois éléments. 

     D’abord, un  changement de paradigme. Tout le paradigme de la tyrannie et du totalitarisme est fondé sur un élément : la réalité est uniquement fondée sur la matérialité, l’animalité et le rapport de force. À ce paradigme il convient d’en opposer un autre. L’homme est certes pris dans la matérialité, l’animalité et les rapports de force, mais il est appelé à vivre et à faire vivre autre chose. Quand l’homme est pensé dans la matérialité, l’animalité et le rapport de force, il n’ pas d’avenir. Il est simplement bon à tenter de survivre dans ce système en tournant en rond. Quand il est pensé comme étant appelé à autre chose, il a un avenir. 

     Ensuite, une direction.  L’homme, comme tout d’ailleurs, vient d’une source extrêmement belle, profonde et élevée. Ce à quoi il est appelé, c’est à rencontrer cette source et à la vivre. Cette rencontre s’appelle la connaissance, la connaissance étant non pas un acte intellectuel réservé à une élite, mais une rencontre, un mariage, une participation d’être à être avec cette source.  

     Enfin, un projet. Construire la cité des hommes, c’est construire la cité de la connaissance à travers l’enseignement, c’est-à-die la transmission du sens de l’être qui est la source de toute chose. 

     Penser la politique comme prise de pouvoir, c’est faire entrer l’homme ainsi que l’humanité dans les ténèbres et la nuit. Penser la politique de façon éclairée, c’est penser l’homme et l’humanité comme entrée dans la connaissance. Attention, dans notre monde, on parle d’éducation et de culture. Ce n’est pas la connaissance. La connaissance va bien au-delà de l’éducation et de la culture. 

     

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