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Catastrophes

Le drame humain que représente l’immigration en provenance de l’Afrique et du Proche et Moyen Orient – pour ce qui concerne l’Europe – déborde largement les tragédies répétées de ces derniers jours, qui le rappellent une fois de plus avec violence à notre attention oublieuse, et oublieuse car à ce point saturée d’informations de tous ordres, dont la plupart futiles, qu’elle risque d’en perdre toute notion de hiérarchie et de priorité dans les questions. Or, il est assez évident que quelle que soit la manière dont on envisage la chose, la question migratoire s’impose comme l’une des premières de notre temps, qui se trouve être, que nous le voulions ou non, une époque de déplacements importants de populations. Qui est plus est, exception à la règle, c’est une question qui pouvait être anticipée de longue date, et l’a été par les chercheurs sérieux, géographes, démographes ou politologues, mais pas ou peu par les responsables politiques. Par ailleurs, l’histoire enseigne que toute période de forte migration est le prélude à des bouleversements sociaux et politiques majeurs, lesquels sont rarement pacifiques. Le propre de notre époque étant l’interconnexion étroite des sociétés, on peut enfin prévoir que les bouleversements en question ne resteront pas localisés dans un territoire restreint, mais au-contraire seront assez généraux. Tous ces aspects de ce drame, qui font encore une fois ressortir l’impéritie des gouvernements européens, contribuent à en faire un enjeu majeur et obligent à en faire une analyse approfondie. C’est pourquoi l’IEPM a décidé de lancer un groupe de travail sur le sujet, dont le présent article est le premier fruit. Il est appelé à être suivi de bien d’autres.

Guilhem Golfin, directeur du comité scientifique

 

 

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde «  écrivait Albert Camus au XXe siècle.

« Qui fait l’ange fait la bête » disait le philosophe Blaise Pascal au 17ème siècle.

 

Ces deux citations peuvent illustrer la façon dont nos gouvernements et nos intellectuels abordent avec maladresse et manque de courage la question cruciale de l’immigration.

Ainsi, LA CATASTROPHE consiste à ne pas regarder la réalité en face en se trompant délibérément d’optique et en ne se concentrant que sur une approche purement quantitative.

Nous sommes poussés à « chercher LA solution » sans affronter les questions radicales que le problème porte en lui, notamment la question de «l’approfondissement humain de notre regard ».

Il est donc urgent de poser les bonnes questions afin de proposer les solutions les plus appropriées alors que des drames épouvantables se produisent régulièrement au large de la Sicile. 

Depuis un demi-siècle, l’immigration massive en provenance d’Afrique du Nord et du moyen orient a déstabilisé les gouvernements et l’opinion publique.

 

Pourquoi y a-t-il cette incapacité à affronter le problème de l’immigration ?

 

C’est que l’immigration est un sujet clivant et complexe. En effet, il s’agit à la fois d’un problème international et national.

L’immigré est d’abord un émigrant, un homme qui a quitté son propre pays pour un pays étranger. La question fondamentale est donc : pourquoi a-t-il quitté son pays ? Ne penser qu’à l’immigration sans avoir de réflexion sur l’émigration c’est comme vouloir arrêter une hémorragie avec des compresses quand il faudrait suturer la plaie. Plus encore, cela signifie qu’on ne considère pas l’immigré dans le contexte de son histoire particulière, et que par conséquent on le réduit à une entité abstraite, sur laquelle peuvent converger toutes les compassions ou toutes les haines. Que ce soit un objet de compassion ou de haine, il demeure un objet, quelque chose sur lequel nous projetons nos désirs ou nos peurs et non un sujet, une personne responsable avec laquelle on entre en dialogue.

National aussi car le pays d’accueil à travers sa population autochtone doit légitimement être porté à vouloir sauvegarder son identité à travers sa culture, son patrimoine, sa langue, ses racines religieuses.

 

L’erreur anthropologique

Face à une question difficile, il est normal que l’on ait peur ou que l’on cherche à se soustraire. Mais ici, la peur et l’indifférence ont la même origine : la perte d’identité.

La société de marché, et bien avant, la théorie du contrat social, ont réduit l’homme à un individu sans origine, sans histoire, sans culture, c’est-à-dire à un simple consommateur dont la liberté est réduite à la possibilité de choisir entre deux articles au supermarché. Dans cette logique, tous les êtres humains sont interchangeables car toute forme d’enracinement est considérée comme un enfermement.

Par conséquent, quand nous ne sommes plus certains de qui nous sommes, quand nous n’appartenons plus à une tradition solide, soit l’étranger nous inspire de la crainte, parce que nous percevons l’immigration comme une invasion que l’on ne peut arrêter, soit nous ne voyons même plus que c’est un étranger.

Dans cette logique, tous les êtres humains sont interchangeables car toute forme d’enracinement est bannie en dépit du bon sens.

Nous ne savons pas accueillir parce que nous n’avons rien à offrir. Nous ne sommes pas en mesure de résister à une culture différente parce que nous ne sommes plus sûrs de la nôtre. Et comme nous n’avons pas la certitude d’une valeur, nous craignons d’être perdus dans le nombre. Aujourd’hui, c’est la peur qui prévaut, notamment parce que l’immigration est en grande majorité musulmane. Il y a une forte identité de l’islam dans le monde, alors que l’Europe de Bruxelles n’est même pas capable de reconnaître ses propres racines chrétiennes. Il y a quelques années, un imam extrémiste proclama publiquement : « À travers vos lois démocratiques, nous vous envahirons ; avec nos lois coraniques, nous vous soumettrons ».

C’est une prophétie très réaliste : les lois démocratiques ne permettent pas de faire contrepoids à une majorité qui est contre toute démocratie.

 

Une faiblesse culturelle.

L’expression « faiblesse culturelle » fournit, semble-t-il, un diagnostic juste. À cause du relativisme et du libéralisme, nous avons troqué une conception substantielle de la démocratie enracinée dans une culture pour un régime politique réduit à l’état de procédure.

Cette mutation ne conduit pas à la victoire de la justice, mais à celle de la pression démographique.

Ce qui compte c’est la majorité numérique, et cette majorité est souvent manipulée par un petit nombre de personnes capables de la séduire. D’un point de vue quantitatif, l’Europe est dans une phase de régression totale, à tel point qu’on en arrive à parler de « suicide démographique », c’est-à-dire que les populations de souche européenne seront remplacées par des immigrés du monde musulman dont la croissance demeure élevée. Ce processus conduira à une islamisation de l’Europe, ce que l’écrivaine anglaise d’origine juive Bat Ye’or appelle « l’Eurabia ».

Certains pensent que la «procédure » peut remplacer la « culture », et que le règne du marché et la technique seront suffisamment attrayants pour demeurer plus forts que l’islam. Mais cela est totalement illusoire, parce que le marché et la technique, ce que nous pouvons appeler le pouvoir, ne répond pas aux « exigences du cœur », là où l’islam, dans son ouverture vers une transcendance, y correspond au moins en partie.

 

La prédominance de la « procédure » sur la « culture »

Elle révèle d’une conception technocratique, qui nous a fait perdre en même temps la chair et l’esprit, c’est-à-dire l’histoire et la transcendance.

L’Union Européenne a résolument entamé un processus mû exclusivement par l’obsession de l’efficacité sans référence à la mémoire et la culture. Tant qu’elle n’aura pas retrouvé ses racines judéo-chrétiennes, l’Europe sera impuissante devant la montée de l’immigration comme devant la remontée opposée de l’extrême droite. Le Catéchisme de l’Église catholique déclare au paragraphe 2241 : « Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine ». Mais, après avoir souligné le devoir des plus riches d’accueillir les plus pauvres, le Catéchisme passe au devoir des pauvres eux-mêmes, qui est un devoir de reconnaissance : « L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges ».

Cette limitation responsable du devoir d’accueil des pays européens est conditionnée par deux impératifs fondamentaux :

– la nécessité indispensable du développement des pays les plus pauvres ;

– l’engagement responsable des pays les plus puissants à ne pas déstabiliser certains Etats au nom de la supposée morale des droits de l’homme. La Lybie est un exemple accablant de cet interventionnisme désordonné conduisant le pays à l’anarchie et à la prise de contrôle du pays par des clans et des djihadistes provoquant un exode massif de population.  

 

Même pour les étrangers installés régulièrement sur notre territoire national, il faut mettre un terme au reniement de notre patrimoine matériel et spirituel.

La manière la plus raisonnable de répondre à la provocation de l’histoire est celle qui est la plus conforme à la foi. La manière la plus humaine est celle qui doit être inspirée divinement.

Une saine hospitalité est liée à une authentique capacité d’accueillir.

En ce domaine, notre modèle est Marthe et Marie à Béthanie, dans leur façon de recevoir le Christ.

 

En résumé, après la chute des progressismes et de leurs pseudo espérances totalitaires, l’Europe doit retrouver la véritable espérance théologale, qui a suscité l’élan à l’origine de son aventure. On comprend qu’il ne s’agit pas de spiritualisme, mais bien de choses très concrètes.

Nous avons vu combien la question démographique est importante.

L’homme étant un animal métaphysique, il a besoin de raisons pour donner la vie.

Sans espérance, sans cette culture de la vie que le christianisme porte en lui, l’Europe est condamnée à dépérir. La dimension culturelle de la foi chrétienne a fécondé de façon indéniable la construction de l’identité européenne.

Par conséquent, une réelle hospitalité dans notre vieux continent ne pourra se concrétiser que dans le cadre d’un héritage historique et spirituel retrouvé et clairement assumé.

 

Emmanuel Du Laurens et Louis BOIS

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