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Calma francese

Alors qu’après la révision de la loi Léonetti, le gouvernement s’efforce de faire adopter deux autres lois qui augmentent encore de manière très inquiétante l’emprise des pouvoirs publics sur la vie des gens dans ce qu’elle a de plus intime, la loi sur le renseignement d’une part, et celle dite sur la “santé“ de l’autre, notre pays semble rester dans l’attentisme. La majorité vient de réussir l’exploit de déclencher une troisième crise scolaire en trois ans d’exercice du pouvoir – c’est sans doute un record. Mais cette fois-ci, ce sont les “intellectuels“ (vrais ou faux) qui réagissent, non les familles, si ce n’est au moyen de la signature de quelque pétition. Rien de comparable à ce jour à ce qu’ont pu déclencher la réorganisation des horaires de l’école et le programme des “ABCD de l’égalité“.

Le gouvernement, de son côté, avance avec prudence. On sait le président traumatisé par les manifestations de 2013 et soucieux d’éviter toute nouvelle contestation dans la rue, ce qui a conduit à édulcorer chacune des lois mentionnées par rapport à ce qui était prévu. Et de ce fait, le fiasco au moins relatif du ministre de l’éducation ressort d’autant plus comme une grande maladresse. Il n’en reste pas moins que l’actualité intérieure est reprise en main par les politiques et par leurs partis, depuis le début de l’année et la gestion réussie de la suite des attentats de janvier par le pouvoir, à son bénéfice, d’une part, depuis les élections, d’autre part. Comme à l’accoutumée, l’actualité extérieure, lourde de menaces, est mise en avant par les médias quand elle peut faire utilement diversion, au contraire maintenue à distance raisonnable quand elle pourrait apparaître compromettante.

Et cependant, rien n’y fait : la reprise de ce jeu, normal en quelque sorte, de la vie politique sonne faux, et son imposture n’abuse plus. Plus personne sans doute n’y croit. On savait déjà avant que le personnel politique travaillait pour les puissants, dont il fait partie, contre le bien réel de la communauté politique. Mais on consentait encore à se laisser tromper. Désormais, le roi est vraiment nu et nul ne peut faire semblant de l’ignorer.

Comment interpréter, dès lors, la passivité apparente de la société, quand une autre loi l’a autant mobilisée il y a deux ans ? Au-delà de la fatigue et de la déception engendrées par un échec immédiat, au moins partiel, deux possibilités s’offrent à l’observateur.

La première est que le pays connaît un désarroi profond. La malice du pouvoir actuel est évidente. Mais il est au moins aussi évident que s’arrêter à ce constat est insuffisant, et même un peu risible, tant il est vrai que ce sont les institutions politiques qui sont à bout de souffle, et au-delà même que c’est l’ensemble de la culture de notre époque qui, telle un nouveau royaume de Danemark, a quelque chose de pourri. Mais alors, le constat devient vertigineux. Si tout est à reprendre et refaire, par où commencer ? Déloger de petits tyrans de leur pouvoir, passe encore, mais si ceux-ci s’adossent à toute une structure de pouvoir qui déborde de beaucoup la taille du pays, c’est déjà autre chose. Et si en plus on n’a rien à proposer de vraiment concret en regard, cela peut en effet apparaître comme insurmontable et avoir un effet paralysant. Nous en serions alors réduit à subir les événements, dans l’attente de celui qui va enfin faire trembler ou même se fissurer la citadelle.

L’autre hypothèse est que le pays commence à fourbir ses armes en silence, et se prépare à une révolte dont la forme demeure encore indéterminée. Invoquer à l’encontre de cette hypothèse l’absence de signes tangibles d’une telle mobilisation reviendrait à ne tabler que sur les moyens humains. Certes, le manque d’unité de tous ceux qui sont entrés dans une forme de résistance est patent. Leur manque de moyens, tant humains que financiers, ne l’est pas moins. Le défaut même de doctrine proprement politique, comme de réflexion en profondeur sur le régime actuel, son bilan, et sur l’impuissance séculaire de la “République“ à servir le bien réel de la communauté et à faire son unité, tout cela demeure, et doit être surmonté. Mais en même temps, un réarmement spirituel commence à voir le jour. La chaîne de prière pour le pays se développe. La prise de conscience gagne, et les mœurs mêmes doucement changent, certains signes l’attestent. Et là est la clef de la sortie du matérialisme, le véritable enjeu, le fondement sans lequel rien de viable ne pourra être fait. N’oublions jamais que nous ne luttons pas seuls.

 

Dans tous les cas, attente passive ou mobilisation encore secrète à l’affut de l’occasion favorable, les temps à venir sont gros de difficultés et de dangers. Le système est aux abois, et, dans la logique du pur pouvoir, ne peut que s’efforcer de resserrer toujours plus son emprise destructrice. Mais même à rester dans le fonctionnement des institutions, que pourra-t-il proposer de nouveau ? Tous les chefs politiques n’ont déjà d’yeux que pour 2017, mais quel programme crédible pourront-t-ils offrir aux électeurs censés les adouber ? Aucun. Partant, sur quel fondement le résultat de l’élection sera-t-il accepté ? Le processus électif, purement formel, peut-il être suffisant à lui seul ?

L’impasse est devant nous, et nul ne peut plus sincèrement l’ignorer. Il faudra bien que la véritable crise éclate, ouvrant à l’aventure. Le calme actuel est décidément annonciateur de tempête.

 

 

Guilhem Golfin

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