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Alain Juppé : un mandat pour rien ?

Après un long silence, Valérie Pécresse a pris la décision – très attendue – abandonnant François Fillon, de soutenir la candidature d’Alain Juppé aux  « Primaires de la droite et du centre ».

Comme les différents candidats ont eu la possibilité de commencer de présenter leurs programmes, il n’aurait surpris personne que la nouvelle Présidente de la Région Ile-de-France nous explique qu’elle avait choisi Alain Juppé en raison de son programme.

Pas du tout.

Elle a justifié son choix d’abord en expliquant sur les ondes que, ayant été élue à la Présidence de la Région Ile-de-France avec les voix du Modem, elle manquerait de cohérence si, aujourd’hui, elle ne rejoignait pas Alain Juppé au prétexte qu’il avait fait alliance avec ce même mouvement.

Même si Valérie Pécresse considère que Alain Juppé puisse être « la bonne personne à la bonne place », ce qui ne veut strictement rien dire et aurait pu aussi bien être dit – et a certainement été dit par quelqu’un – à propos de François Hollande en 2012, elle donne donc comme principale raison de son choix le fait qu’elle ne peut pas se permettre d’accorder son support à un candidat aux Primaires sur la base du seul contenu de son programme mais qu’elle doit le faire aussi en fonction des alliances que ce candidat a pu conclure.

Une telle explication constitue un aveu à la fois de la dépendance dans laquelle Valérie Pécresse se trouve en Ile-de-France vis à vis du Modem et de la persistance au niveau des régions du système des « combinaisons» politiques dont les français ont montré qu’ils en avaient plus qu’assez et qui fait, élections après élections, la bonne fortune du FN.

Mais ce qui est plus inquiétant, c’est la persistance de ce même système au niveau des élections présidentielles tel qu’il se manifeste au travers des choix faits au moment des Primaires par des ténors politiques nationaux comme Valérie Pécresse.

Le Président de la République est supposé être au-dessus des partis.

Or, du seul fait de l’existence des Primaires, celui qui sera élu le sera grâce à des voix qui ne se seront pas portées directement sur son nom mais qui lui seront apportées (sic.) par d’autres candidats (à condition qu’ils respectent leurs engagements) dans le cadre de ce qu’il convient d’appeler le Règlement des Primaires mais qui est tout simplement un accord partisan de report de voix, très loin de l’esprit de la Cinquième République.

S’il y a affaiblissement de la fonction présidentielle, ce n’est pas seulement dû au fait que la fonction ne suffit plus à « créer l’organe » comme on l’a vu au cours du quinquennat Hollande, mais aussi au fait que – de toute évidence – de tels accords nuisent considérablement à l’indépendance de la fonction présidentielle.

Le système des Primaires assure donc l’élection de candidats qui non seulement doivent être ouverts à des compromis politiques et donc prêts à renoncer en tout ou partie aux réformes auxquelles ils s’étaient engagés pendant leur campagne mais également capables de faire preuve de suffisamment de souplesse pour jouer le jeu des combinaisons et se plier aux exigences que les représentants des partis alliés ne manqueront pas d’exprimer au cours de la mandature.

Il est ainsi possible de faire une lecture rétrospective du quinquennat de François Hollande mais aussi de prévoir d’ores et déjà le destin très « hollandais » qu’Alain Juppé se prépare et auquel des « soutiens » comme celui de Valérie Pécresse ne pourront suffire à le faire échapper. Il suffit de remplacer les mots « Socialiste » par «  les Républicains » et « les Verts et frondeurs » par « le Modem et centristes ».

Du coup, il est douteux que Juppé soit à même de « relever la fonction présidentielle » comme le souhaite haut et fort Valérie Pécresse. Elle le fait d’ailleurs de façon purement incantatoire puisqu’elle contribue par son « soutien » à saper dès l’origine les fondements du pouvoir du Président. Et si Alain Juppé remporte les  « Primaires de la droite et du centre » et voit s’ouvrir à lui un boulevard vers une élection aux Présidentielles de 2017, il est possible de se dire que les prochaines élections présidentielles constituent « un coup pour rien », avant – espérons-le – un éventuel retour à des pratiques plus gaulliennes et à une pleine indépendance de la fonction présidentielle.

Pour éviter l’écueil d’une dénaturation ex-ante de la légitimité du futur Président et la perte d’un quinquennat de plus, il ne reste que deux possibilités, soit faire élire aux Primaires un candidat se refusant expressément aux compromissions partisanes et bien décidé à défendre l’indépendance de la fonction présidentielle soit s’abstenir … et rejoindre l’option du pire.  Ça ne laisse pas beaucoup de choix… !

LB pour la rédaction

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