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Ouverture ou fermeture ?

Le thème de l’ouverture et de la fermeture est devenu central dans cette partie finale des présidentielles, l’ouverture étant assimilée à la notion de progrès, d’accueil et de générosité et la fermeture étant caractérisée par le rejet de l’altérité et l’égoïsme et souvent associée à une forte odeur de rance. Il est difficile de trouver un terrain sur lequel non seulement soit plus radicale l’opposition entre les deux candidats mais également davantage divisée la société française.

En effet, compte tenu de leurs histoires personnelles qui trouvent souvent leurs origines familiales à l’étranger, la plupart des français ont le bon sens d’être globalement d’accord pour que la France, conformément à sa vocation universaliste, soit un pays d’accueil, dans la générosité et l’ouverture. En revanche, ce sur quoi ils ne sont pas d’accord, c’est le moment où cette ouverture doit se produire et la largeur de cette ouverture, la seconde étant d’ailleurs logiquement fonction du premier.

Pour faire simple à la veille de ce second tour, tout ce que la presse, les radios et les télévisions comptent de commentateurs et autres éditorialistes affirment que les Macronistes seraient d’avis que la France doive adhérer à une mondialisation sans limite et être ouverte et le plus possible, toujours et tout le temps, tant au plan économique que culturel ou démographique. En revanche, ils rapportent que les Lepenistes, prônant le « repli sur soi », seraient d’avis qu’il faut moduler et donc réduire l’ouverture en fonction de la situation économique catastrophique du pays, de ses capacités réduites d’intégration des étrangers ou de sa faible capacité instantanée à résister à la concurrence des autres pays.

Si la France – c.-à-d. ses dirigeants politiques – avait, dès 2005, pris les mesures nécessaires et réalisé les réformes nécessaires pour lui permettre d’affronter en position de force la concurrence internationale et si notre environnement législatif, fiscal, financier était tel que notre compétitivité aurait été aujourd’hui l’une des plus fortes du monde, peu nombreux sont ceux qui s’opposeraient à une ouverture du pays et à ce que cette ouverture soit très large.

Or, depuis 2005, rien n’a été fait et les forces conservatrices du pays – au premier rang desquels se placent les syndicats – adossées à un personnel politique professionnalisé cherchant avant tout à assurer sa propre réélection et à des partis politiques se livrant à toutes les combinaisons pour se maintenir ou pour obtenir a minima des cohabitations, se sont « (im)mobilisées » avec le frein puissant de principes constitutionnels comme le principe de précaution, pour ne pas faire les réformes qui ont été faites par tous les autres grands pays du monde occidental.

Le choix qui se trouve aujourd’hui devant nous est donc le suivant :

– Soit la France reste ouverte toujours et tout le temps et continue de se vider de sa substance sous l’effet de la baisse continue de sa compétitivité (cf chômage, déficits extérieurs et intérieurs, émigration des jeunes, fuite des grandes fortunes, perte de contrôle de grands groupes industriels, etc.)

– Soit la France se referme provisoirement pour réaliser les réformes nécessaires à l’abri des protections dont elle peut se doter et, une fois ses forces reconstituées, revenir à sa vocation universelle et s’ouvrir à nouveau sur l’Europe et sur le monde.

La seule bonne raison de se refermer pourrait donc être de permettre enfin ces réformes qui apparaissent plus nécessaires que jamais, et ceci que les apparatchiks de l’Europe y consentent ou non, et d’en attendre les effets positifs dans la perspective de s’ouvrir à nouveau par la suite.

Toute la difficulté du deuxième tour des Présidentielles tient au fait que celui qui veut, paraît-il, faire des réformes – même limitées – souhaite conserver l’ouverture maximale, rendant ainsi de fait les réformes beaucoup plus difficiles, et que celle qui souhaite limiter l’ouverture ou mettre en place la fermeture commence par une réforme à l’envers, à savoir ramener la retraite à 60 ans…

Plus d’incohérence d’un côté comme de l’autre ne semble pas possible.

Le seul qui semblait cohérent était François Fillon mais il n’est plus dans la course et il est inutile, à ce stade, de même s’attarder à le regretter.

Ceci nous donne toutefois l’occasion de nous interroger un instant sur la place du facteur temps dans l’univers politique et sur les raisons pour lesquelles les protagonistes de cette comédie qui se joue en France tous les 5 ans acceptent de se voir figés par les médias dans des postures simplificatrices à l’excès. Bien que les candidats soient à tout moment sommés de donner une description de leur « vision », tout est fait pour privilégier l’instantané de leur programme et pour les empêcher de projeter sous nos yeux le récit du devenir qu’ils proposent à la France. La dictature du scoop rend inintéressante pour la plupart des journalistes toute description de ce que pourrait être notre avenir et de la perspective à long terme dans laquelle s’inscrivent les réformes qui sont au programme des différents candidats.

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