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Dans l’attente, acquérir la dignité de l’être

Ceux qui réfléchissent un tant soit peu s’accordent sur le fait que le monde, notre monde à nous, c’est-à-dire l’Occident, est au plus mal et que les crises qui le secouent ne cessent de se multiplier tout en s’aggravant. Les attaques terroristes régulières viennent seulement s’y ajouter. Une sourde angoisse nous étreint ; On voudrait bien qu’une nouvelle révolution soit en marche, mais il ne se passe rien, sinon le morne défilement de jours gris tendant à s’assombrir. Sommes-nous donc désormais totalement abandonnés par les dieux ? Chaque jour qui passe nous révèle de nouveaux scandales, de nouvelles déchéances, nous rapprochant d’une horreur dont nous commençons plus ou moins consciemment à distinguer les contours. Cette marche vers la catastrophe est-elle due à la fatalité d’un destin morbide ? N’y-a-t-il donc rien à faire pour conjurer le sort funeste qui nous attend ? Dans les contingences actuelles, Il n’y a pas de solution, aucune alternative ; nous aurons bientôt droit à la fin des temps… ?

L’Alternative spirituelle

A moins que… A moins que nous n’acceptions de nous remettre véritablement en question. avec la volonté de laisser de côté nos grilles de lecture habituelles. Au vu de la situation calamiteuse dans laquelle nous nous trouvons, il semble pertinent, pour un début, de bien développer ce que cache l’évolution historique de la résistance humaine. En effet, ce phénomène, dont l’analyse est absolument capitale pour comprendre la marche du monde, n’est que très rarement abordé.

L’art de la résistance spirituelle est le plus difficile qui soit. En résistant, au nom de l’esprit, aux formes et aux forces qui nous paraissent le menacer, nous courons le risque, non seulement de passer pour des réactionnaires obtus, ce qui n’est rien, mais encore de nous tromper sincèrement de combat et confondre la résistance de l’esprit avec l’esprit de résistance, ce qui compromet sans remède la cause que l’on voulait défendre. Voici la nature du drame vécu par l’Occident chrétien et que nous désignons généralement sous le vocable de crise de la civilisation.

La Tradition ne vit que par la participation de l’homme

En effet, le mécanisme fatal évoqué ci-dessus, n’a que très rarement été décrit par la littérature. Le cas le plus connu, mais ô combien incompris, est celui, rapporté dans le célèbre « Dialogue des Carmélites » où Georges Bernanos fait dire à la Mère supérieure : «Souvenez-vous, ma fille, que ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est nous qui gardons la règle». Mais aussi : «C’est qu’en réalité aucune tradition (Vie harmonieuse du Monde) ne tient et ne dure par elle-même. La tradition n’a d’autre force que celle de notre fidélité, elle n’existe et ne vit que de notre existence et de notre vie. Que nous cessions de lui donner forme, en la pratiquant et, immédiatement, la voici renvoyée au néant. Elle attend tout de nous, elle est entièrement à notre merci ». Cet éclaircissement permet de commencer à nous rendre compte de la nature de la relation qui s’instaure entre l’homme et l’Esprit, relation d’abord empreinte de respect du sacré, de ce qui se trouve à part, en haut, au ciel comme l’on voudra et, d’une participation active de ce même homme à la perpétuation de la Tradition, sans que le véritable mystère de celle-ci, sa profondeur, ne lui soit à aucun moment révélé.

C’est en se donnant à ce qui le dépasse et le tire vers le haut que l’homme apprend véritablement à se tenir debout. Mais depuis maintenant plus de deux siècles, les révolutionnaires de toutes obédiences s’acharnent à vouloir libérer l’être humain des traditions dont ils disent qu’elles l’écrasent ou l’aliènent, afin qu’il puisse redresser sa tête sous un ciel désormais solitaire. Ce faisant, ils ne se rendent pas compte qu’ils le privent précisément de tout ce qui, dans l’ordre religieux ou politique, lui permettrait de ne pas s’affaler, chose parmi les choses, nature parmi d’autres natures. L’ordre spirituel est celui de la volonté libre qui offre à l’homme la possibilité de s’élever au-dessus de lui-même. Seule la noblesse oblige. La verticalité spirituelle n’est jamais acquise, l’homme n’en est jamais le possesseur. Elle est toujours un don, une grâce, que la norme, le principe, accorde à celui qui s’en fait le serviteur volontaire…

Il faut donc compléter la thèse bernanosienne et dire que c’est exactement dans la mesure où nous garderons la règle que la règle nous gardera, mais que l’un ne doit pas être confondu avec l’autre : que la règle nous garde est pure grâce, pur miracle, récompense imméritée dont l’opération bouleversante échappe au regard de notre conscience ; que nous gardions la règle est affaire de notre bonne volonté, de notre détermination à persévérer dans la fidélité à ce qui nous ennoblit.

Au reste pour celui qui a une fois compris la fonction matricielle et le pouvoir structurant des formes spirituelles, des langues et des rites que la tradition nous a livré et a confié à notre générosité, il ne saurait en aller autrement. Il sait bien que ce sont ces formes qui édifient l’humanité et la sauvent perpétuellement d’un aplatissement toujours menaçant. Parce qu’elles sont sacrées, c’est-à-dire séparées, parce qu’elles rompent délibérément avec les formes profanes de la vie. Oui la persévérance et la fidélité, sans le souci d’en obtenir une récompense, sont bien la traduction de l’amour et de la générosité. On retiendra bien, que l’homme qui possède déjà une noblesse native qui, en se donnant à ce qui le dépasse, et en se mettant au service du Transcendant, acquiert, juste à ce moment-là, la dignité de son être.

Louis Bois

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Un commentaire

  1. Excellent article