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Le redressement que nous attendons !

Tout le monde parle de redressement! François HOLLANDE en parlait en 2012 et aujourd’hui tous les candidats à l’élection présidentielle reprennent ce discours.

Mais de quoi parlons nous vraiment ? Car si nous ne prenons pas au sérieux ce sujet, nous risquons fort d’en reparler en 2022…

Ceux qui réfléchissent un tant soit peu s’accordent sur le fait que le monde, notre monde à nous, c’est-à-dire l’Occident, est au plus mal et que les crises qui le secouent ne cessent de se multiplier tout en s’aggravant. Une sourde angoisse nous étreint ; de fil en aiguille nous succombons facilement au reflex de « l’autruche », ce qui apaise quelque peu nos douloureuses interrogations, tout au moins passagèrement. Certains, d’une nature moins affaissée, c’est-à-dire plus entière, entrent même en dissidence, persuadés qu’ils ont à faire œuvre utile. On voudrait bien qu’une nouvelle révolution soit en marche, mais il ne se passe rien, sinon le morne défilement de jours gris tendant à s’assombrir. Sommes-nous donc désormais abandonnés par les dieux, nous si intelligents, si perspicaces, si modernes ? Et le temps continue à s’écouler. Chaque jour qui passe nous révèle de nouveaux scandales, de nouvelles ignominies, un retour à la barbarie, nous rapprochant d’une horreur dont nous commençons plus ou moins consciemment à distinguer les contours. Cette marche vers la catastrophe est-elle due à la fatalité du nihilisme ? N’y-a-t-il donc rien à faire pour conjurer le sort funeste qui nous attend ? Dans les contingences actuelles, en nous appuyant sur nos schémas de réflexion et sur les modes d’analyse que nous possédons, la réponse est NON. Il n’y a pas de solution, aucune alternative ; nous aurons bientôt droit aux grandes tribulations !

L’Alternative spirituelle

A moins que… A moins que nous n’acceptions de nous pencher sur notre histoire et notre littérature, avec la volonté de laisser de côté nos grilles de lecture habituelles. Au vu de la situation calamiteuse dans laquelle nous nous trouvons, il semble pertinent, pour un début, de bien développer ce que cache l’évolution historique allant de la résistance de l’Esprit à l’esprit de résistance. En effet, ce phénomène, dont l’analyse est absolument capitale pour comprendre la marche du monde, n’est que très rarement abordé.

Il faut d’abord avertir de la difficulté qui nous attend. L’art de la résistance spirituelle est le plus difficile qui soit. En résistant, au nom de l’esprit, aux formes et aux forces qui nous paraissent le menacer, nous courons le risque, non seulement de passer pour des réactionnaires obtus et routiniers, ce qui n’est rien, mais encore de nous tromper sincèrement de combat et confondre la résistance de l’esprit avec l’esprit de résistance, ce qui compromet sans remède la cause que l’on voulait défendre. On peut ainsi résumer la nature du drame vécu par l’Occident chrétien et que nous désignons généralement sous le vocable de crise de civilisation.

La Tradition ne vit que par la participation de l’homme

En effet, le mécanisme fatal évoqué ci-dessus, n’a que très rarement été décrit par la littérature. Le cas le plus connu, mais ô combien incompris, est celui, que l’on trouve dans le célèbre « Dialogue des Carmélites » où Georges Bernanos fait dire à la Mère supérieure : «Souvenez-vous, ma fille, que ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est nous qui gardons la règle». Mais aussi : «C’est qu’en réalité aucune tradition ne tient et ne dure par elle-même. La tradition n’a d’autre force que celle de notre fidélité, elle n’existe et ne vit que de notre existence et de notre vie. Que nous cessions de lui donner forme en la pratiquant et, immédiatement, la voici renvoyée au néant. Elle attend tout de nous, elle est entièrement à notre merci». Cet éclaircissement permet de commencer à nous rendre compte de la nature de la relation qui s’instaure entre l’homme et l’Esprit, relation d’abord empreinte de respect du sacré, de ce qui se trouve à part, en haut, au ciel comme l’on voudra et, d’une participation active de ce même homme à la perpétuation de la Tradition, sans que le véritable mystère de celle-ci, sa profondeur, ne lui soit à aucun moment révélé. Là se trouve le véritable acte de foi, fait de fidélité et de persévérance sans cesse renouvelées durant des années, presque aux antipodes de la prière récitée machinalement tout en pensant à autre chose, comme le font nos « fidèles » modernes.

La tradition attend que nous nous donnions à elle. Totalement impuissante à nous contraindre, en dehors du recours à la force du bras séculier, lequel finit toujours par se fatiguer, elle n’espère qu’en la noblesse native d’un homme capable de se donner à ce qui le dépasse, capable de suspendre les sollicitations de l’immédiat et de l’utile, pour devenir le serviteur de l’invisible et du Transcendant. Mais, par un miracle qui se répète pourtant à travers toute l’histoire, c’est précisément au moment où l’homme entre au service du Transcendant qu’il reçoit l’investiture de sa dignité. C’est en se donnant à ce qui le dépasse et le tire vers le haut que l’homme apprend véritablement à se tenir debout. Depuis maintenant plus de deux siècles, les révolutionnaires de toutes obédiences s’acharnent à vouloir libérer l’être humain des traditions dont ils disent qu’elles l’écrasent ou l’aliènent, afin qu’il puisse redresser sa tête sous un ciel désormais solitaire. Ce faisant, ils ne se rendent pas compte qu’ils le privent précisément de tout ce qui, dans l’ordre religieux ou politique, lui permettrait de ne pas s’effondrer, chose parmi les choses, nature parmi d’autres natures. S. Augustin dit, admirablement, qu’il faut tomber vers le haut. Comment tomber vers le haut si aucun poids ne vous attire ? Ce qui fait l’homme se tenir droit, dans l’ordre des réalités morales et spirituelles, ce n’est point quelque rigidité intrinsèque et déterminante de sa nature, sur laquelle il pourrait s’épanouir spontanément pour voir l’homme réaliser sa verticalité. Ce serait oublier que l’ordre spirituel est celui de la volonté libre et qu’une volonté ne se meut que vers une fin qu’elle cherche à atteindre et qui, se situant en dehors et au-dessus de son état naturel, laisse subsister entre elle-même et cet état, cet espace vide que pourra combler notre liberté, en même temps qu’elle offre à l’homme la possibilité de s’élever au-dessus de lui-même. Seule la noblesse oblige. La verticalité spirituelle n’est jamais acquise, l’homme n’en est jamais le possesseur. Elle est toujours un don, une grâce, que la norme, le principe, accorde à celui qui s’en fait le serviteur volontaire…

Il faut donc compléter la thèse bernanosienne et dire que c’est exactement dans la mesure où nous garderons la règle que la règle nous gardera, mais que l’un ne doit pas être confondu avec l’autre : que la règle nous garde est pure grâce, pur miracle, récompense imméritée dont l’opération échappe au regard de notre conscience ; que nous gardions la règle est affaire de notre bon vouloir, de notre détermination à persévérer dans la fidélité à ce qui nous ennoblit…

…Au reste pour celui qui a une fois compris la fonction matricielle et le pouvoir structurant des formes spirituelles, des langues et des rites que la tradition nous a livrés et a confiés à notre générosité, il ne saurait en aller autrement. Il sait bien que ce sont ces formes qui édifient l’humanité et la sauvent perpétuellement d’un aplatissement toujours menaçant, en même temps qu’elles offrent au rayonnement de l’esprit une expression qui ne soit pas trop indigne de sa gloire. Parce qu’elles sont sacrées, c’est-à-dire séparées, parce qu’elles rompent délibérément avec les formes profanes de la vie. Oui la persévérance et la fidélité, sans le souci d’en obtenir une récompense, sont bien la traduction de l’amour et de la générosité. On retiendra donc que l’homme qui possède déjà une noblesse native qui, en se donnant à ce qui le dépasse, et en se mettant au service du Transcendant, acquiert, juste à ce moment-là, la dignité de son engagement.

Louis BOIS

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